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Violences conjugales, le combat continue

Début septembre, 88 personnalités signent la tribune de Muriel Robin sur les violences conjugales dans le JDD. Leur volonté : interpeller le public, mais aussi le gouvernement sur ces violences malheureusement récurrentes.

Au commencement ?

En septembre 2017, Marlène Schiappa déclarait au JT de France 2 concernant les violences conjugales qu’elles « s’installent dès la première claque », indiquant aux femmes qu’il ne faut pas minimiser la portée de ces coups.

On parle de violences conjugales lorsqu’un des conjoints exerce de la violence sur l’autre au sein d’un couple. Instinctivement, on pense à la violence physique mais les violences conjugales englobent de nombreuses autres facettes. Il peut s’agir de violences psychologiques – humiliation, menaces –, verbales, sexuelles – rapports forcés et sévices – ou économiques – confiscation de papiers ou interdiction de travailler. Ces formes de violences, moins visibles, peuvent précéder les premiers coups. De plus, tant qu’il ne s’agit pas de coups physiques, la victime peut parfois ne pas se rendre compte qu’elle est prise dans un rapport de domination et qu’elle est l’objet de violences.  Cette progressivité est  illustrée par le « cycle de la violence conjugale » qui débute par une phase de tension initiée par l’agresseur. S’en suit la phase de « crise » où ont lieu les premières violences. Vient ensuite la « justification » de l’agresseur qui minimise son comportement et fait sentir à la victime qu’elle est responsable. Finalement arrive la phase de la « lune de miel » : l’agresseur se repent, la victime regagne espoir mais se réinstalle alors un climat de tension. Les violences conjugales forment ainsi un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir.

Et maintenant ?

A l’échelle mondiale et d’après l’OMS, près d’une femme sur trois a subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part de son conjoint. En France, les chiffres sont moindres mais demeurent inquiétants. En 2017, 225 000 femmes se sont déclarées victimes de violences de la part de leur (ex-)conjoint et 123 femmes en sont mortes soit une femme tous les trois jours. Les hommes peuvent aussi être victimes de violences conjugales. Ils représentent en effet un quart des victimes –149 000 hommes en 2013 « contre » 398 000 femmes – et 20% des décès liés à ces violences. 34 hommes ont ainsi été tués par leur partenaire en 2016.

Face à l’ampleur du phénomène, ces comportements violents sont de moins en moins tus. Cette libération de la parole s’inscrit dans des mouvements d’émancipation tels que #MeToo ou #WhyIDidntReport qui mettent en lumière les violences sexuelles que subissent les femmes, parfois au sein de leur couple. Par ailleurs, la tribune « ​Sauvons celles qui sont encore vivantes » ​, signée par 88 personnalités à l’initiative de Muriel Robin dans le ​JDD, interpellait Emmanuel Macron sur la question. Cette tribune appelle également à une manifestation le 6 octobre dernier qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Quant à la pétition, elle a recueilli 472 000 signatures.

Enjeux

Ces débats s’accompagnent de mesures concrètes afin de mettre fin aux violences conjugales. Des dispositifs sont mis en place, par exemple les ordonnances de protection. Par ailleurs, en 2014 a été généralisé le dispositif « Téléphone Grave Danger » (TGD) , portable accordé par le procureur de la République et muni d’un bouton d’urgence spécial permettant à une personne en danger de joindre une plateforme d’assistance et d’être géolocalisée. Des dispositifs moins individuels sont également déployés, notamment la ligne d’écoute de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), joignable au 3919. Des structures d’accueil sont également prévues pour recevoir et écouter les victimes.

Il reste encore un grand pas à faire pour endiguer ce phénomène. L’attribution du label Grande cause nationale pour 2018 à la FNSF (Fédération Nationale Solidarité Femmes) témoigne d’une volonté du gouvernement d’œuvrer contre ces violences. UEdouard Philippe a également annoncé la mise en place d’une plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles pour novembre. D’autres pistes sont évoquées, notamment dans la tribune du​ JDD qui exige une formation obligatoire des métiers juridiques à la question des violences conjugales.

Un des enjeux principaux de la question reste néanmoins la prise de conscience. Il ne faut pas minimiser ces violences et cela passe notamment par la requalification des « crimes passionnels » en  «meurtres conjugaux ». Cette prise de conscience concerne également les violences contre les hommes qui sont souvent invisibles en raison de leur côté tabou.

Reportage

« Nous Toutes » s’exprime contre les violences conjugales

ParLena Gandrey.

Le 24 novembre prochain, le mouvement national Nous Toutes prévoit une marche de grande ampleur pour que la France se réveille et dise Stop aux violences sexistes et sexuelles. Nous sommes allées à la rencontre de Flavie Bertaut et Jeanne Outurquin, deux membres actives du comité lillois, pour aborder la question des violences conjugales. 

Après une tribune dans Le Monde lancée par 88 personnalités en septembre dernier, après une mise en avant médiatique de l’affaire Jacqueline Sauvage, une même conception des violences conjugales persiste : « les gens ont tendance à dire que la violence conjugale, c’est quand la personne se fait tabasser par son conjoint uniquement » nous précise Flavie. Le mouvement Nous Toutes se donne pour objectif d’amener « une vraie prise de conscience au niveau national », reste à savoir comment.

Ce mouvement féministe ne cherche pas à remplacer les associations spécialisées pour venir en aide aux victimes. À Lille, L’Échappé ou encore Écoute Brune Haut possèdent le financement public et le dispositif d’accompagnement social pour jouer ce rôle. Nous Toutes prend alors place au sein de ce problème de société en tant qu’éclaireur. Jeanne nous affirme que certaines victimes restent dans le déni dans la mesure où elles « n’ont pas tendance à le voir venir, elles ne connaissent pas les mécanismes, le cercle de violence ». Cette mobilisation est alors un moyen de féderer celles qui « ont vécu de la violence conjugales de près ou de loin » pour en apporter une meilleure compréhension globale.

Une parole mise en doute 

Les activistes Nous Toutes nous évoquent l’existence d’une « deuxième violence » produite par la société et le système judiciaire en lui-même. Elles font référence à l’étude de l’association le Groupe F concernant la manière dont une victime est reçue dans un commissariat. Selon elles, c’est toujours à la victime de se justifier sur les actes qu’elle a vécu. Jeanne défend l’importance de remédier au déroulement de l’accueil de la victime dans la mesure où le passage au commissariat est « la porte d’entrée vers l’obtention de la justice ». Il faut mettre fin à ce « stop citoyen » auquel les victimes font face lors de leur témoignage déclare Flavie. Les victimes doivent être prises au sérieux et bénéficier d’une reconnaissance des faits sans devoir se justifier constamment. Accompagner les personnes touchées par les violences conjugales s’additionne alors à un rappel à l’ordre des institutions sur leur fonctionnement : « Si la police reçoit mal les victimes, comment peut-on faire en sorte que la justice fonctionne bien ? » questionne Jeanne.

Sens critique

L’avis est – en très grande majorité – unanime sur la nécessité de dénoncer les violences conjugales et de déployer de nouveaux efforts pour y mettre fin. Les différents débats concernent les mesures à mettre en place.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Muriel Robin

    « ​Un silence assourdissant persiste. Il faut que cela s’arrête. Il faut que notre cri de révolte soit aussi retentissant que le déni qui règne aujourd’hui. »

  • Edouard Philippe

    « Cessons de trouver des excuses à ceux qui sont violents. Cessons de mettre en doute la parole des femmes qui ont le courage d’appeler à l’aide. Cessons d’être lâches. »

  • Laurence Rossignol

    « ​Poser les « bonnes » questions et offrir un cadre d’écoute qui permette à ces femmes de mettre des mots sur ce qu’elles vivent, leur rappeler qu’elles agissent avec courage et qu’elles ne sont en rien coupables de ces violences, les informer et les orienter : autant d’étapes, basiques mais essentielles, au travers desquelles vous ouvrirez à ces femmes la voie vers la sortie des violences. »

  • Emmanuel Macron

    « ​Il est indispensable que la honte change de camp, que la République fasse ce qu'elle doit pour laver la sienne, que les criminels du quotidien qui harcèlent, injurient, touchent, agressent, ne soient plus jamais excusés mais repérés, vilipendés, traduits en justice, condamnés [ … ] la France ne doit plus être un de ces pays où les femmes ont peur. »

  • Marlène Schiappa

    «​ Une campagne en direction des témoins peut amener ce sursaut, cette société de la vigilance où chaque témoin considère que, ce qu’il sait, ce n’est pas une affaire privée mais une affaire de société. »

Les arguments de ceux qui sont contre

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