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Réforme des retraites : les contours d’une réforme à venir

Si la réforme des retraites est prévue pour courant 2019, certaines mesures ont déjà été proposées par le gouvernement et semblent provoquer de vives réactions du côté de leurs bénéficiaires. Pourtant, la population française vieillissant, une réforme semble s’imposer.

Au commencement ?

C’est l’annonce de la hausse de la CSG (Contribution sociale généralisée) il y a un an qui a déclenché les hostilités. Prévue par la loi de financement de la sécurité sociale de 2018, cette augmentation de 1,7% a fortement porté atteinte à une grande partie des 16 millions de retraités français. En effet, 60% d’entre eux ont vu leur pension de retraites diminuer dès le 1er janvier 2018. Si la contestation était déjà vive – des manifestations ont été organisées en septembre 2017 puis mars et juin 2018 – l’annonce par gouvernement en août dernier de la sous-indexation des pensions de retraites a mis le feu aux poudres. Sur décision de l’exécutif, les pensions de retraites de 2019 et 2020 ne seront donc pas calculées proportionnellement au niveau de l’inflation (hausse des prix) puisqu’elles n’augmenteront que de 0,3% alors que l’inflation s’élèvera de 1,3%. Les retraités craignent alors une diminution de leur pouvoir d’achat, tandis qu’Emmanuel Macron s’était engagé à le préserver. Face à ce risque d’appauvrissement, nombreux sont les retraités qui sont descendus dans la rue le 18 octobre dernier à l’appel de leurs syndicats. Ils espèrent amener le gouvernement à faire marche arrière à propos de la CSG et des pensions de retraites, mais également peser sur les discussions sur la future réforme des retraites qui se jouent actuellement.

Et maintenant ?

Lors de son allocution télévisée du 16 octobre, Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de « changer les règles des retraites pour plus de justice et d’efficacité ». En effet, le gouvernement travaille actuellement à la conversion des quarante-deux régimes de retraite actuels en un régime « universel ». Si l’on ne connaît pas encore précisément les contours de la nouvelle réforme des retraites – prévue pour le courant de l’année 2019 –, ses lignes directrices ont été dévoilées aux organisations patronales et syndicales le 10 octobre dernier. Âge de départ à la retraite (62 ans), taux de cotisation retraite (28%) et système à répartition (les actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités d’aujourd’hui) resteront identiques. Toutefois, certaines évolutions permettront au régime des retraites de s’adapter à l’incertitude et aux transformations du monde du travail contemporain. Ainsi, le nouveau système « universel » prendra notamment en compte les interruptions d’activité suite aux aléas de carrière ou à la maternité (maladie, invalidité, chômage) ainsi que les spécificités professionnelles (métier pénible ou dangereux, longue carrière ou handicap).

Par cette réforme, le président de la République souhaite créer « un système juste, unique transparent [pour mieux protéger] ceux dont les carrières sont hachées, instables, atypiques ». Il s’agit également pour lui de montrer aux retraités que leurs doléances sont entendues et qu’il souhaite y remédier.

Enjeux

Selon une étude de Fondapol, sept français sur dix se déplaisent du système de retraite en vigueur. C’est pourquoi, ces derniers attendent beaucoup des prochaines grandes réformes sur la retraite en 2019. Toutefois, les retraités se trouvent pessimistes : face au vieillissement des baby-boomers, donc à l’augmentation du nombre de pensionnés, d’importantes mesures dans la continuité des réformes depuis 2010 arriveraient. Par exemple, l’âge nécessaire pour toucher l’intégralité de sa retraite, ainsi que l’âge minimum requis pour se retraire pourraient se rehausser d’ici 2019. Aujourd’hui, c’est à 62 ans que l’on peut partir à la retraite.

Estimation du gain et de la perte de revenu des retraités en pourcentage,
en fonction de leur pouvoir d’achat ramené sur une échelle de 0 à 100

La pension de réversion figure un autre enjeu majeur. Si le conjoint décède, alors une partie de sa retraite peut revenir au veuf ou à la veuve. Il s’agit de la pension de réversion. Agnès Buzyn, ministre de la Santé laisse entendre le 10 juillet dernier que seuls les individus qui n’auraient pas travaillé au cours de leur vie pourront percevoir cette pension suite aux réformes de 2019.

En outre, les mesures budgétaires 2019 placeraient les retraités comme grands perdants selon une simulation de L’Institut des politiques publiques. Effectivement, les familles avec au moins un retraité en leur sein perdront environ deux cents euros par an en 2019, voire quatre cents euros par an en 2020.

Dans son allocution le 16 octobre 2018, Emmanuel Macron assure que le quotidien des Français s’améliorera, mais le président de la République ne changera pas ses réformes d’ampleur, de quoi inquiéter les plus âgés.

Pour souligner l’importance de leurs revendications, ils rappellent à l’exécutif qu’ils représentent « 33% de l’électorat et pas loin de 45% des gens qui votent » (Daniel Fargeas, de l’association Loisir solidarités retraités).

Reportage

Les retraités dans la rue contre Emmanuel Macron

Les retraités ont manifesté, le 18 octobre, partout en France suite à l’appel de la CGT et FO à descendre dans les rues. Ils ont crié leur exaspération et leur mécontentement face aux mesures envisagées par le gouvernement concernant la future réforme des retraites.

« Les retraités ne sont pas des vaches à lait » scandent les manifestants, place de la République à Lille ce 18 octobre. En colère contre le gouvernement, ils ne digèrent pas la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) et la désindexation des pensions de retraite. Malgré leur découragement, les retraités ont décidé de descendre dans les rues, dans l’espoir de faire pression sur l’exécutif. « C’est eux qui ont initié le mouvement par rapport à tout ce qu’ils peuvent subir en ce moment » confie Jean-François Duflo, secrétaire général de Force ouvrière Nord. C’est un ras-le-bol qu’expriment les manifestants face à une suite de réformes qui ne cessent d’impacter directement leur pouvoir d’achat telles que la baisse des APL. Les retraités se considèrent comme les boucs émissaires du gouvernement chargés de remédier au déficit budgétaire.

En parallèle de ces revendications, le gouvernement prépare une grande réforme des retraites pour 2019 qui devrait aboutir à la mise en place d’un régime universel pour tous les Français, une CSG plus progressive ainsi que la suppression des régimes spéciaux. En réaction au propos d’Edouard Philippe à l’occasion de son passage dans l’Emission politique « on va faire cette réforme en écartant tout impact sur les personnes qui sont à la retraite et sur les personnes qui vont prendre leur retraite », Monsieur Duflo préfère atténuer cette affirmation « la réforme des retraites aura forcément un impact, c’est impossible autrement. »

De plus, alors que les entreprises actuelles cherchent à embaucher le plus de jeunes possible, la question qui reste prééminente est celle de la population des 50-60 ans qui sont de plus en plus exclus des entreprises. C’est donc aussi un enjeu de ces réformes que de trouver une solution pour ces personnes là, pour que sans augmenter le chômage des jeunes, les plus âgés puissent vivre convenablement, et cela pourrait passer notamment par la baisse de l’âge de la retraite avec un revenu convenable, que certains revendiquent.

Malgré la détermination des retraités à faire entendre leurs voix en cette nouvelle journée de manifestation, le soleil n’aura pas suffit à réunir le monde espéré. « Au fil du temps ça épuise aussi les gens de faire des manif à répétition » explique J-F Duflo, « à un moment donné il y aura peut être une prise de conscience et un réveil ». C’est ce qu’il espère face à un gouvernement auquel les manifestations semblent laisser indifférent.

Sens critique

Le projet de réforme des retraites proposé par l’exécutif divise les Français. Revue de détails des partisans et opposants à ce projet.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Ces réformes garantissent une meilleure répartition des prestations sociales, et par conséquent une meilleure égalité entre les Français.
  • Les réformes sur la retraite ainsi que le nouveau budget de 2019 permettront de renflouer les caisses de l’État et étioleront le déficit public.
Les arguments de ceux qui sont contre
  • Près de 80 % des retraités perdront une importante part de leur pouvoir d'achat à partir de 2019.
  • Une majeure partie des retraités concernés risqueraient de perdre leur pension de réversion.

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