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L’Urbex : une pratique séduisante mais à risques

Urbex, c’est la contraction de deux mots : Urban Exploration, exploration urbaine en français. Cette pratique s’est développée dans les années 1990 en Europe, et se diffuse internationalement sur Internet à travers les forums, les blogs et maintenant sur les réseaux sociaux.

Au commencement ?

L’Urbex est une pratique qui mélange passion pour l’art, attraction pour l’aventure et mystère d’un passé à redécouvrir. Friches industrielles, bâtiments publics ou privés, anciens monuments religieux, sites militaires, toits ou souterrains… plusieurs types d’endroits peuvent entrer dans cette catégorie. Seule contrainte à respecter : il faut que ce soient des lieux construits par l’Homme et maintenant abandonnés.

Le sanatorium «Nestor Pirotte» dans l’Oise. ©Urbex Session

Les aficionados se rendent dans ces lieux à l’accès difficile, voire interdit, pour exploiter l’immense potentiel artistique de ces lieux mélancoliques et impénétrables, notamment à travers l’art de la photographie. Ils souhaitent aussi souvent découvrir un lieu qui représente une époque passée et révolue, symbole d’une mémoire collective à préserver.

Prison de Loos ©Une Belge, Un Français/blog

Ce phénomène a commencé à se développer à partir des années 1990 un peu partout en Europe : en France, en Allemagne et en Belgique mais les explorateurs sont également très présents en Australie et aux Etats-Unis. Cette dernière décennie, le nombre d’urbexers a beaucoup augmenté.

Et maintenant ?

L’exploration urbaine se développe en harmonie avec l’explosion d’Internet. Les urbexers échangent à travers des forums, des blogs et les réseaux sociaux dont Instagram et Youtube, qui contribuent à la visibilité croissante de l’activité.

Une usine abandonnée ©Tama66/Pixabay

Avec le développement de cette pratique, il était crucial qu’un système de règles, ou mieux de conseils, se développe. Parmi les consignes à suivre, surtout quand on fait ses premières armes, trois sont cruciales : ne pas partir en exploration seul, avoir un téléphone chargé pour pouvoir communiquer si on se retrouve en situation de danger et emmener un kit de premier-secours ainsi qu’une lampe-torche. Une charte éthique informelle, commune à toute la communauté, a vu le jour en parallèle. Le respect des lieux est essentiel : il ne faut jamais forcer l’accès. Ceux qui arrivent à entrer doivent tout laisser le lieu dans l’état dans lequeil ils l’ont trouvé. De plus, les images publiées ne doivent pas décrire l’endroit avec des détails qui permettraient de le localiser. Les explorateurs cherchent à garder secret ces lieux pour éloigner la menace de ceux qui, sans intérêt artistique, abîment et détruisent. Mais aussi pour alimenter et entretenir le mystère.

Centre Commercial ©Urbex Session

Le développement de l’Urbex a abouti à une classification de l’activité par branche. Aujourd’hui, on reconnaît la toiturophilie ou rooftoping ; la cataphilie, pratique très courante à Paris, et l’exploration rurale.

Enjeux

Exploration ou exploitation ? La question mérite d’être posée. En effet, ce sont des réserves foncières dont les villes peuvent faire usage en priorisant soit le potentiel vert, soit le potentiel économique. Cela les place au cœur des perspectives d’infrastructures à l’instar de la friche Saint Sauveur à Lille.

L’urbex profite également au tourisme. Ainsi des pays comme la Belgique ou l’Australie, théâtres d’innombrables lieux abandonnés, accueillent de nouveaux voyageurs adeptes de cette pratique. Il s’agit certes d’un tourisme alternatif, reste qu’il nourrit l’activité économique du territoire.

L’ophelinat St. John’s en Australie ©Abandoned Australia

Par ailleurs, l’urbex mêle des enjeux sécuritaires et juridiques. Rappelons qu’il s’agit d’une activité illégale. La première motivation des adeptes est la passion de l’inattendu, la recherche de frissons. Or, elle conduit parfois à mettre sa propre personne en danger. Des accidents et des morts sont à déplorer. La démocratisation de l’activité attire de plus en plus de personnes qui ne prennent pas connaissance des consignes de sécurité.

 

Le château «Armin Meiwes» se situe en Loire-Atlantique. ©Urbex Session

Les organismes chargés de la sécurisation des lieux (institutions publiques ou entreprises de sécurité privée), s’interrogent sur la nécessité de règles alors que certains ne cessent de les braver. Pour beaucoup, franchir les panneaux rouges d’interdiction fait partie du jeu.

 

 

 

 

Reportage

Lille : un paradis pour les explorateurs urbains

Par Chloé Huguet

La région du nord de la France ayant connu une forte désindustrialisation, nombreux sont les bâtiments et usines abandonnés. Lille fait partie des ces villes internationalement connues pour l’urbex.

« J’étais sur mon fil d’actualité Instagram et j’ai vu une photo d’un lieu d’urbex qui m’a attiré. […] Je me suis mis à chercher un endroit abandonné aux alentours de chez moi, sur Lille. J’ai trouvé un spot après beaucoup d’heures de recherche, je l’ai visité et depuis je ne m’en passe plus ». C’est comme ça que urbex_lille18, pseudonyme Instagram, décrit ses débuts dans l’exploration urbaine.

L’hôpital psychiatrique ©urbex_lille18

Quand on déroule les photos postées sur ce compte, des lieux peuvent sembler familiers. En effet, la prison de Loos ou encore l’ancien hôpital psychiatrique sont des spots qui reviennent souvent dans les explorations aux alentours de Lille. Même si les localisations d’exploration sont censées rester secrètes, certains bâtiments se détachent du lot. Ils se dégagent dans les blogs et les forums car ils sont souvent plus faciles d’accès et permettent donc une mise en jambe pour les débutants.

 

Prison de Loos ©Une Belge, Un Français/blog

C’est le cas de l’ancienne usine Les Grands Moulins de Paris qui est même référencée sur Yelp. Ce lieu de 25 000 m² de style néo-flamand, construit en 1921 sur la rive gauche de la Deûle, était le théâtre de la transformation des grains de blé en farine jusqu’en 1989. Il devrait abriter 485 logements d’ici 2020.

Les travaux de réhabilitation ont commencé récemment. La priorité du nouveau propriétaire a été la sécurité : « Il y a des maîtres-chiens et caméras sur le site. Objectif  : 0 personne qui rentre, 0 dégât et surtout 0 blessé.» Ce bâtiment a connu de grosses dégradations, un incendie en 2001 et malheureusement, un drame en 2016.

Usine Les Grands Moulins de Paris ©Chloé Huguet
Usine Les Grands Moulins de Paris à Lille ©Un pied dans les nuages

L’explorateur urbex_lille18 raconte lui aussi avoir déjà eu quelques frayeurs « lors d’une poursuite dans une usine abandonnée avec des sécurités privées ou encore lors d’un cache-cache avec la police dans un moulin… […] On est parti escalader une grande tour de plusieurs centaines de mètres avec un très grand vent qui faisait trembler la tour. »

Mais ce ne sont pas ces épisodes singuliers qui vont stopper l’urbexer : « L’urbex est une source de bons souvenirs. Il y a une infinité de lieux à visiter, l’illégalité apporte de l’adrénaline. Chaque lieu a une ambiance différente. C’est surtout le plaisir d’avoir accès à un lieu isolé du monde, plongé dans un silence complet, avec l’absence de toute forme humaine qui nous fait réfléchir. Ça nous donne l’impression d’être uniques, seuls à connaître l’existence de ce lieu. »

Ancien réfectoire ©urbex_lille18

 

Vidéo de Lucie Remer

Sens critique

Le débat sur l’exploration urbaine renvoie à la frontière entre sécurité et liberté.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • L’urbex soulève un problème public : celui de lieux abandonnés.
  • L’urbex assouvit la soif de découverte.
  • Cette pratique a une portée émotionnelle et historique inouïe.
  • McSkyz, youtubeur

    McSkyz, adepte de l’urbex : « Cela leur montre à quel point certains bâtiments sont laissés à l'abandon alors qu'ils pourraient pour la plupart être remis à neuf »

    https://www.youtube.com/user/McSkyz

  • Raphaël et Marie, du site Urbex Session

    C’est la philosophie de Raphael et Marie, responsables du site Urbex Session : «La magie de cette pratique, c'est justement qu'elle consiste à choisir sa propre aventure.».

    https://urbexsession.com/

  • Astrid, du blog «Histoire des tongs»

    «Les sites abandonnés baignent toujours dans une ambiance très particulière, un mélange de sérénité, de mélancolie, de beauté et d’apocalypse à la fois. Difficile de ne pas être touché par leur atmosphère aussi douce que pesante, et de ne pas être sensible aux tristes tournants de leur histoire.».

    https://www.histoiresdetongs.com/urbex-cest-quoi/

Les arguments de ceux qui sont contre
  • C’est une pratique interdite par la loi dans certains cas, et à juste titre, car elle génère vandalisme et violation de propriété privée.
  • Les urbexers mettent leur vie en danger.
  • Les réseaux sociaux alimentent le danger et rendent les urbexers imprévisibles.

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