Get It

L’impact écologique du numérique

Le numérique est partout dans nos vies, au travail comme à la maison. Devenu indispensable, il n’est pourtant pas sans impact sur l’environnement et émet une pollution loin d’être virtuelle.

Au commencement ?

En 1945, les premiers ordinateurs pesaient plusieurs tonnes et prenaient l’espace d’une pièce entière. Après des années de développement et de recherches, ces machines se sont sans cesse allégées et leurs performances ont été décuplées à une vitesse prodigieuse. La démocratisation d’Internet n’a pas tardé à s’ajouter à l’équation et à eux deux, ils sont devenus indispensables à notre quotidien.

D’un petit millier d’ordinateurs équipés d’internet en 1984, au début des années 2000, on dénombrait 200 millions d’utilisateurs connectés dans le monde. Encore aujourd’hui, la réparation de la « fracture numérique » de certaines zones rurales est une préoccupation majeure de nos gouvernements. La prolifération du numérique dans nos habitudes a été plus rapide et efficace que celle de n’importe quelle autre technologie au cours de l’Histoire.

Mais à l’heure où la question environnementale est au cœur des préoccupations, il faut se rendre à l’évidence : le numérique et son utilisation débridée comptent parmi les plus gros pollueurs du siècle.

Et maintenant ?

N’avez-vous jamais fermé sans l’éteindre votre ordinateur portable avant d’aller vous coucher ? Et le lendemain, constaté qu’il avait mystérieusement perdu durant la nuit une grosse part de batterie  ? Et bien c’est normal, car un ordinateur en veille consomme beaucoup d’énergie – à peu près un tiers de ce qu’il consommerait allumé. C’est d’ailleurs le cas de tous les autres appareils électriques que l’on néglige d’éteindre, et en particulier des téléphones, télévisions et box internet.

© Alan Brandt

Les impacts actuels du numériques sont innombrables et très concrets. Prenez la photo ci-dessus : elle ne représente pas un palais des glaces aux jolis néons bleus, mais l’un des 8,6 millions (d’après l’IDC en 2017) de data centers du monde. Tous ne sont pas si énormes : celui-ci l’est particulièrement, puisqu’il abrite les données de tous les utilisateurs européens de Facebook. Les construire, les faire tourner, et surtout les refroidir perpétuellement font de ces usines à données des « énergivores » massifs.

Selon Greenpeace, l’utilisation mondiale d’Internet représenterait 2% des émissions totales de CO2, soit autant que le secteur de l’aéronautique. De plus, construire un ordinateur portable revient à exploiter 100 fois son poids en ressources naturelles, et émet près d’une tonne de gaz à effet de serre. Beaucoup des composants sont d’ailleurs issus de matières minérales rares, dont les gisements s’amenuisent dangereusement.

Enjeux

Notre consommation de produits numériques et notre temps passé sur les réseaux ne cesse de s’accroître, en particulier chez les nouvelles générations qui ont toujours connu internet. Et si la durabilité entre progressivement dans le cahier des charges des GAFA, l’industrie du numérique reste dangereusement nécessaire et difficilement viable à ce rythme. La question de l’obsolescence programmée notamment soulève le débat d’une course au profit qui se ferait sans concession au détriment du consommateur, de l’environnement et de la main d’œuvre en usine.

La durée de vie moyenne d’un ordinateur a chuté de 6 ans en 1997, à 2 ans en 2005. 

Plus grave peut-être, l’exploitation de certains minerais indispensables à la construction d’ordinateurs, téléphones, réacteurs nucléaires, sont au cœur de conflits sanglants en Afrique centrale et au Moyen-Orient. C’est le cas par exemple du coltane, nœud de la guerre des ressources en République Démocratique du Congo.

En France, 6e consommateur mondial d’énergie, il apparaît donc plus que jamais nécessaire de changer ses habitudes numériques pour alléger notre impact massif. Avoir une consommation moins effrénée d’internet, et en particulier des réseaux sociaux dont les propriétés chronophages ne sont plus à démontrer. Dans le paysage médiatique français, de nombreux acteurs se mobilisent pour sensibiliser le public et enfin transformer les publications alarmistes des instituts pour le climat en réelle action écologique et citoyenne.

Reportage

#OnEstPrêt : les youtubeurs s’unissent pour l’environnement

© Nice Matin

Pendant un mois, 62 youtubeurs vont lancer des défis à leurs millions d’abonnés pour préserver l’environnement.

Planète Terre, 15 novembre 2018, 106 jours après le Jour du dépassement.

Alors que WWF et Global Footprint Network n’en finissent plus chaque été de nous alerter sur le rapprochement constant de la date du grand dépassement, de nombreuses initiatives telles que The Last Plastic Straw ou le « plogging » de la Run Eco team voient peu à peu le jour.

« Si le monde entier vivait comme les Français, le jour du dépassement aurait eu lieu le 5 mai » : face à ce constat, une poignée d’êtres humains lance cette année, le projet du « Grand Défi pour le climat ». Pendant 1 mois, à partir du 15 novembre des youtubeurs à l’influence notable et aux publics variés, vont réaliser chaque jour un défi en faveur de la planète.

Jour 1 – 1er grand défi du #OnEstPrêt : supprimer ses anciens mails.

Sur la page Instagram du projet, un lien-dans-la-bio redirige immédiatement l’intéressé sur un nouveau site : Clean Fox. Tout commence donc sur cette page où un renard, regard mignon à l’appui, invite l’utilisateur d’internet à nettoyer sa boîte mail. La promesse d’effectuer un geste pour la planète est alléchante : un peu de ménage et le parrainage d’un ami contre un arbre planté en Zambie, pays enclavé d’Afrique australe. Green Cross, WeForest… les partenariats pour la défense de l’environnement ne manquent pas et donnent du poids à la démarche de Clean Fox.

Un peu plus bas sur la page, non loin d’une planète Terre tout sourire, un encart rappelle que tout e-mail génère environ 10g de CO2 par an. Agir pour l’environnement en un clic, supprimer ses newsletters et par la même occasion son emprunte carbone, n’est-ce pas là une manière de se donner bonne conscience ?

Il est évident que bannir de sa boîte mail les nouvelles offres Sarenza, les rappels de l’actualité de Brief.me et les publicités du Noël d’Amazon ne va pas sauver le plancton, élément crucial de la chaîne alimentaire. Toutefois, c’est en mobilisant les forces de chacun et la conscience collective que l’on peut faire avancer les choses. Erica Chenoweth assure ainsi que la mobilisation de seulement 3,5% d’une population suffit à renverser un système, un argument que les membres du collectif On Est Prêt n’ont pas manqué de mettre en avant dans leur vidéo de lancement.

En outre, réduire sa consommation de plastique, se déplacer en transports en commun ou à pied, éteindre ses appareils plutôt que de les mettre en veille font partie des 30 initiatives à venir. Changer petit à petit ses habitudes, parvenir à entamer un processus de transformation profonde et réduire considérablement l’impact écologique humain, c’est le challenge lancé par le Grand Défi pour le climat.

Encore faut-il ne pas oublier toute la démarche au bout du 31ème jour.

 Alice Hardet

Sens critique

Faut-il prendre ce problème à bras le corps et agir en fonction d’une consommation du numérique plus responsable. Les avis divergent…

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Greenpeace

    « Au nom de la nécessaire transition énergétique et de l’urgence climatique, cette industrie doit basculer vers les énergies renouvelables. Un autre internet est possible, loin du gaz et du charbon, à la hauteur des défis environnementaux d’aujourd’hui. »

    https://www.greenpeace.fr/il-est-temps-de-renouveler-internet/

  • David, créateur du blog « Déconsommateur » 

    Retoqués par Greenpeace, quelques géants du web se sont tournés récemment vers « l’énergie verte » (principalement le solaire) pour faire fonctionner leurs immenses data centers. Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg. Le net, c’est un réseau physique gargantuesque, dont la plus grande partie fonctionnera encore longtemps aux énergies fossiles.

    https://deconsommateur.com/impact-environnemental-web-reduire/

Les arguments de ceux qui sont contre

Ajouter un commentaire