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L’impact écologique de l’industrie textile

La mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde, après le pétrole. Aujourd’hui c’est 100 milliards de vêtements qui sont vendus chaque année dans le monde. Cette consommation effrénée a poussé l’industrie textile à produire et à renouveler sans délai : c’est la fast-fashion.

Au commencement ?

Pour répondre au besoin de produire plus et plus vite l’industrie textile a su doubler de moyens. Tout a été revu : localisation des sites de production, matières premières et conditions salariales. C’est ainsi que la Chine, le Bangladesh et le Pakistan sont devenus les théâtres d’un désastre écologique majeur.
Avec quoi nos vêtements sont-ils fabriqués? Essentiellement du coton et du polyester. Ce dernier est dérivé du pétrole, et déverse des micro-fibres plastiques dans l’océan à chaque lavage. Le coton, quant à lui, très gourmand en eau, produit des détournements de nombreuses rivières pour irriguer ses champs. Les pesticides, utilisés en masse, s’infiltrent dans les cours d’eau et favorisent notamment la prolifération d’algues au détriment des autres formes de vies aquatiques.

Les vêtements polluent aussi par leur coloration avec des substances toxiques comme des phtalates ou du formaldéhyde. Aujourd’hui, c’est 20% de la pollution des eaux dans le monde qui seraient affectées par la teinture textile.

Vient l’étape finale  : le transport. L’avion est majoritairement utilisé pour sa rapidité, mais les émissions de gaz à effet de serre contribuent au changement climatique. Enfin, une fois lassés, 80  % des habitants de la planète ne recyclent pas leurs vêtements. Ils les jettent simplement à la poubelle où ils attendront d’être incinérés, ce qui produira, une dernière fois, des déchets polluants.

Et maintenant ?

Des alternatives et certifications ont été mises en place pour guider le consommateur. Les matières à privilégier sont alors le lin ou le chanvre, qui consomment peu d’eau et de pesticides. Le coton biologique reste préférable car toujours plus respectueux de la planète que son compère classique. De nouvelles matières premières se développent pour palier à ce désastre écologique, notamment la viscose et le lyocell, qui sont des matériaux artificiels fabriqués à partir de fibres de soja, de maïs ou de bambou. Bien que plus durable, leur production n’en reste pas moins nocive pour l’air par leur rejet de carbone ou encore d’hydroxique de sodium. Une sustainable fashion ou mode durable est en progrès, mais doit encore faire ses preuves. Des labels garantissant une qualité et la durabilité des matières sélectionnées sont créés pour renseigner les acheteurs. Il en existe six dans le monde, dont un des plus importants : l’Ecolabel européen. Ce label garantit une fabrication plus respectueuse de l’environnement et limite l’utilisation de substances toxiques dans les fibres textiles. Enfin, de plus en plus de marques se créeent, qui misent sur leurs ambitions éco-responsables, avec des pulls faits par exemple à partir de bouteilles recyclées ou encore de polyesters retransformés. Les alternatives se multiplient et pourraient, dans les années à venir, mener à une approche plus écologique.

Enjeux

En attendant, face aux constats alarmants, de grands enjeux économiques entrent en ligne de compte. C’est d’abord le comportement du consommateur qui est à repenser : on veut toujours plus de vêtements. Les industriels répondent donc à la demande en surproduisant, ce qui a doublé la production entre 2000 et 2014. Les collections deviennent très éphémères, et cela n’encourage pas la mode à devenir une industrie plus verte. 

Cependant, le mode de consommation se conscientise peu à peu, encourageant l’apparition d’initiatives de la part des industriels. Un consortium de grandes marques ont créé « The Better Cotton Initiative ». Elles prônent alors une production plus éthique avec de nouvelles normes. La revendication d’une production plus éco-responsable devient donc un argument de vente. 

Le label BCI est très controversé, même s’il représente à lui tout seul 12% de la production mondiale. Par ailleurs, des pratiques dites de « green washing » se développent face à l’engouement des consommateurs pour une mode plus éco-responsable. En effet, certaines entreprises veulent redorer leur image pour attirer cette nouvelle clientèle.

L’industrie de la mode n’est pas durable et doit désormais se confronter aux conséquences catastrophiques qu’elle fait subir à l’environnement.

Reportage

Savoir avant d’acheter 

La Gentle Factory est fière de se revendiquer éco-responsable. Dès les premiers abords, il est facile de comprendre les enjeux et les objectifs de la marque, notamment grâce à leur site internet. Il suffit de taper le nom de la boutique sur la barre de recherche Google pour tomber sur : « La Gentle Factory : vêtements made in France bio et recyclés ». Il est alors légitime pour le consommateur de vouloir en savoir plus sur l’origine des produits et de jauger la véracité du propos. 

À première vue, le site semble fiable et transparent. Il ne paraît pas difficile de trouver des informations sur la chaîne de fabrication et sur l’origine des produits. Une carte avec la localisation des ateliers et cotonneries est mise à disposition. Mais lorsqu’il s’agit de rentrer plus en profondeur, tout devient flou. 

Tout ce que le consommateur est en capacité de trouver se résume au cycle de production et aux noms de quelques partenaires, avec de courtes vidéos pour les présenter. Pour ce qui est du reste, il ne sera pas possible de trouver informations supplémentaires, à moins peut être d’entrer en contact avec la marque. 

Ce manque d’information est-il signe d’un manque de transparence ou d’une simple négligence de communication ? Quel qu’il soit, le consommateur est en droit de savoir d’où proviennent les produits qu’il achète, encore plus dans une période où le respect de l’environnement devient un argument de vente. La transparence devrait devenir la préoccupation des acheteurs afin de se protéger du green washing. Pourtant, il est aujourd’hui très compliqué pour les clients de savoir exactement d’où viennent les produits, surtout quand des grandes filiales sont impliquées. 

Alors que faire face au flou des grandes marques ? Pour en apprendre plus, Oxfam a publié à Noël 2016, une liste des « gentilles » et « méchantes » marques, afin de lutter contre la pauvreté : https://www.oxfam.org.au/what-we-do/ethical-trading-and-business/corporate-accountability/naughty-or-nice-2016/. 

La transparence se doit de devenir un réflexe de la part des marques, peu importe leur notoriété, mais doit aussi le devenir de la part des consommateurs. Il ne faut pas minimiser l’importance de notre savoir sur l’engagement des marques. Au contraire, il est bénéfique d’apprendre à dissiper ce flou communicationnel qui peut planer, notamment en privilégiant des recherches plus approfondies sur les marques avant de les soutenir.

Valentine Fabre

 

Sens critique

Les arguments de ceux qui sont pour
  • « Le créateur aujourd’hui n’est plus un créateur de vêtements, c’est un manager. » Alice Pfeiffer.
  • « Aujourd’hui dans la mode c’est le capital qui dicte la production, il n’y a plus de production culturelle. » Pascale Gatzen.
  • « Il y a une vraie stratégie d’aveuglement, les marques, bien souvent ne savent même plus où elles produisent. » Activiste du mouvement Fashion Revolution.

  • « On peut changer l’écosystème de la mode et pour ça il faut que le mouvement citoyen s’en empare. » Anaïs Dautais Warmel.
  • « On a été peut-être l’industrie qui a la première créé ce concept d’obsolescence programmée. » Franck Delpal.
Les arguments de ceux qui sont contre
  • « Porter la même robe deux fois sur un tapis rouge, ce n’est pas cool. » Doutzen Kroes.
  • « On s’ajuste en fonction du besoin client, la semaine prochaine le sac peut sera peut-être jaune ! » Valérie Dubois.
  • « Le bikini est la chose la plus importante depuis la bombe atomique. » Cristina Cordula.

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