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Ligne d'horizon Ville avec jardin

Les villes vertes en France : un pilier du développement durable

Avec 2% de la surface de la planète, la ville concentre en son sein plus de la moitié de la population mondiale. Elle est responsable de deux tiers des émissions de gaz à effet de serre. Sa population pourrait même s’élever à 75% de la population mondiale d’ici 2050. Dans un contexte de réchauffement global, il y a urgence à repenser la ville : c’est l’émergence de la ville verte.

Au commencement ?

La question environnementale est sur toutes les lèvres et les politiques de la ville n’y ont pas échappé. L’environnement, l’économie et le social sont les trois piliers du développement durable.

Les buts principaux ces villes vertes sont : la préservation de la biodiversité, l’amélioration du cadre de vie et l’optimisation de la gestion de l’eau. Mais  aussi le développement de parcs et de jardins, le tri des déchets ou encore l’utilisation privilégiée des énergies renouvelables.

Les villes vertes ont commencé à faire leur apparition en France avec l’Agenda 21, né d’une recommandation de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement à Rio en 1992. Chaque collectivité adapte son Agenda 21 selon ses besoins et ses attentes. Accompagné de directives européennes, le projet de ville verte est aussi issu de la loi SRU du 13 décembre 2000 (solidarité et renouvellement urbain).

 

Et maintenant ?

Fin 2017, l’Observatoire des villes vertes (UNEP-HORTIS) publie un rapport global sur les villes vertes en France. Plus de 1 500 données quantitatives et qualitatives ont été collectées dans les 50 plus grandes villes de France courant 2016, analysées selon 25 indicateurs et regroupées en 5 catégories, elles fournissent une note sur 100. Les villes les plus vertes de France en 2017 seraient donc Angers, Nantes, Strasbourg avec respectivement 86 points, 82 points et 77 points.

palmarès ville verte France
Palmarès des 10 villes vertes en France en 2017

Tours et Strasbourg ont plus de 100m² d’espaces verts par habitant contre 48 m² en moyenne.

Il reste des efforts à faire dans les localités, c’est certain. Par exemple, seulement 1 ville sur 10 est passée au « zéro-phyto » (ils n’utilisent plus de produits phytosanitaires) pour l’entretien des stades et des terrains de sport. Mais il y a de plus en plus d’initiatives pour montrer les villes vertes : création de jardin éphémères, organisation de balades écologiques et création de jardins citoyens partagés. Nancy en détient le plus en France avec 68 jardins suivi par Marseille qui en détient 57.

Nantes, en tant que bonne élève, consacre en moyenne 135€ par an et par habitant à l’entretien et l’aménagement de ses espaces verts, soit 3 fois plus que les autres villes interrogées (en moyenne 46.50€ par an et par habitant).

La ville de Lille avec seulement 13,5m² d’espaces verts publics par habitant est candidate comme capitale verte européenne en 2021. Martine Aubry, maire de la ville, espère en faire une ville «verte et résiliente, une ville solidaire et circulaire et une ville apaisée et respirable».

chiffre ville verte France
Chiffres clés à retenir par l’Observatoire des villes vertes

 

Enjeux

L’extension du tissu urbain, consomme des ressources à la fois énergétiques et territoriales, ce qui a des conséquences directes sur l’environnement, comme l’avance une étude de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique.

Avec 10% d’espaces verts, on réduirait les risques de dépressions, d’asthme ou encore d’anxiété. Cela favorise également l’activité physique et améliore considérablement la qualité de l’air.

Une enquête intitulée «Ma ville de demain» rapporte que 54% des étudiants seraient prêt à refuser un emploi si ce dernier se trouvait dans une ville où l’air est de mauvaise qualité. Une autre enquête menée par le CESE en décembre 2017 nous apprend que 53% des Français considèrent que la ville doit remettre la nature au cœur de sa politique.  Le verdissement d’une ville va influencer son dynamisme et donc plus largement l’image de la ville. Cela va également la rendre plus attractive économiquement, à la fois pour le tourisme que pour l’implantation d’entreprises.

En outre, la politique de la ville verte doit se faire au regard des inégalités sociales. En effet, on constate aujourd’hui qu’un logement proche d’un espace vert urbain coûterait 17% plus cher que celui situé 100 mètres plus loin. On craint un cumul d’inégalités sociales et environnementales des populations les plus modestes avec la «renaturation» de certains quartiers. Le développement durable doit ainsi être accessible à tous et être fait au profit de l’équité et de la cohésion sociale.

Reportage

La friche Saint Sauveur : un aménagement en suspens

par Léocadie Martin

Les logements et la piscine olympique ne sont pas près de décorer la friche lilloise de 23 hectares. C’est le verdict rendu par le tribunal administratif de Lille ce 5 octobre 2018.

La friche Saint Sauveur s’étend sur 23 hectares au sud de Lille.

En juin dernier, la Métropole Européenne de Lille annonce son projet de transformer l’ancien site ferroviaire en quartier moderniste. Il est rapidement dénoncé par les associations P.A.R.C. et A.S.P.I qui parviennent victorieusement à faire part de leurs inquiétudes : carence en verdures, pollution sous-évaluée, présence ignorée d’une nappe phréatique… Mais dans cette équation tordue qui cherche à articuler écologie et opportunités économiques, à qui la priorité ?

Les enjeux écologiques mènent la danse

Cette friche titanesque au potentiel vert prégnant est située à deux pas du centre-ville, une pépite pour les militants écologistes. Dans une ville qui accuse une pénurie d’espaces verts, le contenu d’aménagement de la dernière réserve foncière fait l’objet d’enjeux cruciaux. L’espace de nature est l’espace public par excellence, celui de non-consommation. Pourtant, Lille ne retient que 13,5m² de verdure par habitant bien loin des 48 en moyenne nationale. Ces statistiques contribuent à classer la métropole deuxième dans les villes les plus polluées de France, derrière Marseille. Le mot d’ordre du dossier a donc été celui de «l’intérêt général» à la fois sur le plan sanitaire, écologique et social. C’est dans cette optique que Martine Aubry annonce la candidature de la métropole au titre de capitale verte européenne. Dans le contexte présent, fonder une Lille verte est donc une préoccupation majeure. D’autant plus que le choix d’un parc est réversible et profiterait des usages qui y seront développés par les quartiers limitrophes. Ces arguments ont rendu une sentence favorable aux mouvements écologiques. Or, des points d’ombre demeurent. Entre verdict définitif ou provisoire, victoire écologique ou simple ralentissement d’un projet déjà engagé, l’avenir de la friche St Sauveur reste terni d’interrogations.

parc saint sauveur
P.A.R.C. Saint Sauveur

 

Un devenir incertain

Alors que ce flou semble taire le dossier, pour Camille Olivier Verseau la friche est «plus que jamais une préoccupation». Au sein de l’association P.A.R.C., ils réfléchissent d’autant plus activement que la situation n’est que provisoire. La procédure utilisée a été celle du référé, le jugement n’a pas été donné sur le fond mais uniquement comme une réponse face à l’urgence d’agir. Le combat, n’est donc pas gagné: «Ce qu’on a gagné c’est du temps pour réfléchir ensemble à l’axe au contenu de l’aménagement et pour mettre en place une véritable concertation.». Pareillement, la MEL compte proposer un nouveau projet qui ressemblera sûrement au premier, fondée sur une étude d’impact et une enquête publique plus sérieuse. Mais le membre du collectif P.A.R.C. reste optimiste, «on est à un an demi des échéances électorales qui conduiront à un remaniement de l’équipe municipale susceptible de nous ouvrir la voie pour l’aménagement de la friche». Suite à ce gain de temps, P.A.R.C affronte de nouvelles problématiques. «Nous sommes 1700 à travailler activement au sein de l’association mais il faut que la réponse émane du plus grand nombre, c’est une question de légitimité». C’est dans cette optique que l’association organise une réunion le 20 novembre suivie d’une conférence le 22 à l’Université Lille 2.

Projet Pour le friche Saint Sauveur
Projet Pour la friche Saint Sauveur

Vidéo de Virginia Orsili

Sens critique

Faut il ou pas créer plus d’espaces verts? La question divise

Les arguments de ceux qui sont pour
  • «Les politiques visant à accroître la végétation peuvent offrir des possibilités d’activité physique, de réduction des expositions aux polluants, favoriser l’engagement social et améliorer la santé mentale»
  • «Des villes de taille plus modeste, avec des budgets moindres, se sont emparées avec de très bons résultats de l’intégration de la nature en ville»
  • «Il n’y avait pas de surcoût pour intégrer la nature dans le bâtiment dès lors que son intégration était pensée dès l’amont du projet»
  • «Il vaut mieux adapter la ville à la nature plutôt que d'adapter la nature à la ville»
Les arguments de ceux qui sont contre
  • «La température dans les centres-villes était entre 2 et 4°C supérieure en moyenne par rapport aux zones rurales environnantes, phénomène contribuant ainsi aux surmortalités constatées lors de périodes de canicules»
  • «En dépit de nombreux bénéfices pour les individus et la collectivité, les espaces verts tendent à être économiquement sous-valorisés. Et pour cause, ces biens collectifs ont un coût de création et d’entretien bien connu des décideurs publics mais n’ont aucun prix de marché»

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