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Le tatouage, un art en mouvement

Depuis des milliers d’années le tatouage a permis de s’exprimer, de s’identifier. Mais son impact va aujourd’hui beaucoup plus loin qu’une marque d’appartenance. Réel moyen de lutte et de transmission de ses idées, l’art du tatouage ne cesse de se renouveler.

Au commencement ?

Envie d’un tatouage ? Sachez que décorer votre tenue de naissance serait une contribution personnelle de plus à une histoire des tatouages ancienne d’au moins 8 000 ans! Des Maoris de Polynésie aux Inuits de l’Arctique en passant par les Pictes de Bretagne, une majorité des peuples ont eu recours à cette pratique. Pour certains, le tatouage est une distinction identitaire, ou bien la marque indélébile d’un rite d’initiation. Pour d’autres, le tatouage possède une valeur médicinale ou alors fait office de symbole religieux. En Occident, les marques corporelles d’inspiration païenne furent longtemps bannies par l’Eglise: il est impensable de modifier le corps qui nous est donné par le créateur!

C’est au XVIIIème siècle, à la faveur des grandes explorations maritimes que les marins redécouvrent ces pratiques au contact des peuples du Pacifique. En effet, le mot est une adaptation anglophone de «tatao», un mot polynésien utilisé à Tahiti, où le capitaine anglais James Cook a débarqué en 1769 et rencontré des hommes et des femmes recouverts de tatouages. Dès le retour du navigateur en Europe, la société victorienne déconsidère publiquement les tatouages. Mais derrière les portes closes, beaucoup de gens en possèdent car il se dit que la Reine Victoria avait fait tatouer un tigre sur sa peau. Le tatouage devient à la mode.

Il y a, par ailleurs, une longue tradition de gens tatoués contre leur gré. Les Grecs et les Romains tatouaient esclaves et mercenaires pour les dissuader de s’échapper ou de déserter. Au Japon, les criminels étaient déjà tatoués au XVe siècle. Plus récemment, rappelons-nous des tatouages nazis sur la peau des prisonniers dans le camp de concentration pour identifier les cadavres nus.

Et maintenant ?

De nos jours, si le tatouage n’est plus porteur du même sens, il est surtout le symbole d’un choix personnel. Le tatouage est une expression forte de qui vous êtes, ou de ce que vous voulez manifester. Comme Joseph Banks, le naturaliste britannique de James Cook disait au sujet des Tahitiens tatoués: «chacun est marqué, en diverses parties du corps, selon son humeur ou des différents aléa de sa vie.» Peut-être que votre humeur et les circonstances vous donnent envie d’un symbole de spiritualité, d’affirmation sexuelle, ou d’une bonne défiance d’avant-garde à l’ancienne. Il n’est pas interdit non plus de témoigner d’un héritage culturel, ou d’à quel point vous trouveriez ça cool de posséder Claude François allongé sur un arc-en-ciel le long de votre bras.

Dans tous les cas, il est clair que le tatouage est tendance aujourd’hui. La mode est à des dessins d’apparence peu travaillés, tracés en quelques lignes fines seulement.
Le tatouage est aussi une affaire de science. Depuis la rentrée, la société américaine Endeavor Life Sciences s’apprête à vendre une poudre permettant de mélanger de l’ADN prélevé sur la joue, dans la salive, les cheveux ou le sang à de l’encre de tatouage. Aussi, une scientifique du MIT a mis au point la Dermal Abyss, une encre de tatouage qui se teinte en fonction du taux de glucose qu’il y a dans votre sang. La chercheuse a également développé une encre rose qui indique le pH, et une verte qui indique le taux de sodium.

Enjeux

Bien que les tatouages existent depuis la nuit des temps, il n’a aujourd’hui plus du tout la même fonction qu’auparavant. S’ils étaient à l’origine un signe d’appartenance à un groupe précis, ils sont aujourd’hui un moyen de revendiquer qui nous sommes et nos croyances. 

Au cours de ces dernières années, une forme de tatouage engagé s’est frayé un chemin au sein de cette culture. Affirmer ses idéologies à travers la tatouage est une pratique de plus en plus commune. C’est notamment le féminisme qui marque actuellement le plus la cutlure du tatouage, il devient très fréquent de voir marqué sur le corps d’une personne l’expression « GRL PWR ». Que ce soit le féminisme, le végétarisme  ou encore humanitaire, comme a pu le faire Zlatan laissant afficher le nom des personnes touchées par la malnutrition, le tatouage est une manière de revendiquer ses idées, et de les affirmer aux yeux du monde. 

Les convictions de certaines personnes ne s’arrêtent aujourd’hui plus au simple dessin, de nouvelles méthodes et nouveaux produits ont vu le jour, et ont su plaire à la demande naissante. Il n’est pas rare de savoir que les encres utilisées pour le tatouage sont mauvaises et testées sur les animaux. Alors les industries ont créé des encres veganes, qui ont conquis le coeur des amis des animaux et des végétariens. Il devient possible de se faire tatouer un signe de protestation vegan avec des produits qui s’adaptent à cette idéologie. 

C’est aujourd’hui une manière de plus en plus utilisée de faire passer ses contestations, et de revendiquer qui nous sommes et pourquoi nous nous battons. L’esthétisme n’est plus la seule raison du tatouage, ce qui signifie qu’ils dépassent aujourd’hui les motifs personnels. 

Reportage

Quand éthique et tatouage se rencontrent

Quitte à se tatouer à vie, on préfère que ce soit en adéquation avec nos convictions. Le monde du tatouage évolue avec les mentalités.

Ce n’est plus un secret, le tatouage est aujourd’hui entré dans les mœurs. Quelque 15% des Français sont passés sous le dermographe. Cependant, des médecins spécialisés dans le dé-tatouage se multiplient aussi, en réponse à des tatoués déçus, lassés, mais aussi à des victimes de réactions allergiques ou inflammatoires. En effet, le tatouage, destiné à être permanent, doit contrer la tendance du corps humain à rejeter tout corps étranger. On imagine bien que pour qu’elles tiennent aussi longtemps, les encres ne doivent pas être très gentilles avec notre peau.

Passons les détails, mais aux vues des compositions souvent toxiques des encres, on peut faire face à pas mal de complications. Ces pigments industriels causent parfois des réactions allergiques, qui peuvent survenir 40 ans après le tatouage. Sachant qu’aucune réglementation européenne sur la composition des encres n’existe, il n’est pas étonnant de voir que certaines encres sont composées de pétrole, de métaux lourds (chrome, nickel, cuivre) mais aussi de colorants de synthèse pour les couleurs. Vegan, sachez-le, certaines encres sont élaborées à partir de substances animales. Le charbon est créé par calcination d’os d’animaux, la gomme- laque avec les résines sécrétées par des vers asiatiques ou encore la gélatine avec des peaux animales bouillies. Combo parfait : est née récemment une alternative d’encres véganes et naturelles.

Tatouage vegan, quésaco ?

Rappelons la définition : le véganisme c’est exclure tout produit d’origine animale de son alimentation et de sa vie quotidienne. Un tatouage vegan, c’est donc 100% cruelty-free. Ce mouvement a pris de l’ampleur jusqu’à atteindre le monde du tatouage. Cette initiative permet non seulement de satisfaire les envies des vegans, mais aussi les diabétiques et les personnes allergiques à certaines encres traditionnelles. On dit oui.

Ce n’est pas seulement la composition des encres à repenser, mais presque tous les produits utilisés : les aseptisants, le papier transfert (qu’on appelle stencil dans le jargon), la vaseline pour hydrater le tatouage ou la crème nourrissante pour l’aider à cicatriser. Tous peuvent contenir des traces animales, ou du moins être testés sur les animaux.

D’accord, mais vers quoi et vers qui se diriger ?

Petit guide du tatoué vegan (et qui veut l’être jusqu’au bout) :

Comment trouver un salon de tatouage vegan ?

Sur internet, en tapant le nom de la ville dans la barre de recherche et, en fouillant dans des forums, on trouve toujours des tips. A défaut d’en avoir dans sa ville, il faut aussi savoir que les tatoueurs sont souvent ouverts d’esprit et réceptifs à vos demandes, ou parfois utilisent des produits vegans sans le savoir.

Et après le tatouage ?

On suit attentivement ce que dit le tatoueur bien entendu, mais en général c’est : nettoyage et nourrissage. Il faut nettoyer le tatouage avec un savon d’une composition saine, ou avec du savon de Marseille (le vrai). Pour ce qui est de la crème, la « Hustle butter » est la référence en matière de crème après tatouage. Elle est 100% naturelle et vegane. En tout cas, on oublie les crèmes standards.

Agathe Hernier.

 

 

 

Sens critique

Les arguments de ceux qui sont pour
  • L’encre végane est meilleure pour la peau, elle est plus saine et de meilleure qualité. De plus elle est éthique et permet une meilleure conscience des animaux et de la nature.
  • Les tatouages engagés permettent de nous affirmer, pour ce qui est du féminisme par exemple ils sont une manière de montrer que les femmes sont fortes, et qu’elles doivent être célébrées en tant que tel. Il peut être très important de revendiquer un message pour certaines personnes, et cela à travers le tatouage.
  • Laura Satana, tatoueuse parisienne, elle participe à la vulgarisation du tatouage, elle s’impose dans le milieu du tatouage en passant sur de nombreuses radios ou émissions.

    « Je ne me vois pas injecter des matières animales dans la peau d’un client, non seulement pour lui, mais aussi par respect pour les animaux »

  • Jhoff, il a ouvert son salon de tatouage « Troisième oeil Tattoo studio » où il respecte une éthique vegan.

    « Fini les retouches tous les 3 ans. Avec un bon tatouage à l’encre végane, on est tranquille pour 10 ans sans que le noir ne devienne gris.»

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Le veganisme peut aujourd’hui être considéré comme une mode, il est donc possible que cela se tasse au cours des années à suivre. Pourtant un tatouage ne s’enlève que très difficilement.

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