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Le mouvement «zéro déchet» en pleine expansion

Le mouvement « zéro déchet »  se présente comme une philosophie de vie qui vise à réduire, voire éliminer complètement, la production des déchets. Il est avant tout une prise de conscience environnementale.

Au commencement ?

Selon la Banque mondiale, l’activité de l’espèce humaine génère entre 3 et 4 milliards de tonnes de déchets par an dans le monde. Avec la croissance de la population mondiale et de l’urbanisation, ce chiffre est ammené à augmenter.

Selon le Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIID), en France, chaque habitant génère en moyenne 354 kg de déchets ménagers par an. La production d’ordures ménagères a doublé en 40 ans et 78% de celles-ci sont enfouies ou brûlées ou destinées à la décharge, générant des émissions directes de gaz à effet de serre. Encore aujourd’hui, seules 19% de ces déchets sont triés et recyclés et 3% subissent un traitement biologique.

Il est difficile d’identifier un point zéro à partir duquel le mouvement est né. Pour la plupart des convertis au concept du zéro-déchet, Bea Johnson, tout droit venue de San Francisco semble être une source d’inspiration. Décriée par le New York Times comme la «prêtresse du style de vie sans déchets», avec un master en mode, cette femme a adopté la devise «refuse, réduis, réutilise et recycle». Depuis une dizaine d’années, elle ne produit qu’un seul pot de déchet par an. Elle a fondé un blog pour partager ses expériences et expliquer comment, avec des petits changements, on peut tous arriver à produire moins de déchets. En 2013, Johnson publie son livre Zéro déchet : 100 astuces pour alléger sa vie.  Elle y dispense de multiples conseils et astuces.

Et maintenant ?

La Zero Waste International Alliance décrit le mouvement comme «un but qui est éthique, économique, efficient et visionnaire, pour guider les personnes à changer leur mode de vie, pour simuler les cycles de la nature soutenables, où tous les matériaux déchargés sont désignés pour devenir les sources pour autres utilisations». L’objectif est de réduire la production de déchets destinés aux décharges et à la combustion.

«Refuse, réduis, réutilise et recycle », une devise pour le mouvement ©2thetopdesign

Tout d’abord, il faut apprendre à réutiliser et recycler la plus grande quantité de matériaux possible. C’est ainsi que des amandes brûlées sont utilisées pour créer du mascara ou encore, que des briques de lait permettent de fabriquer des chaises roulantes. Une autre étape importante est de réduire la production en intervenant directement sur la consommation : on n’achète que des produits de deuxième main, et on utilise toujours les mêmes conteneurs. Bref, on n’achète que l’indispensable.

La plupart des promotrices du mouvement sont des jeunes femmes qui, à l’exemple de Bea Johnson partagent leur expérience zéro déchet sur leurs médias, comme Lætitia de la chaîne « Le Corps La Maison L’esprit» ou encore le blog de «La famille (presque) zéro déchet».

 

Enjeux

Alors qu’un «septième continent» s’est formé dans le Pacifique Nord avec une surface de 1.6 millions de kilomètres carrés selon Scientific Reports certains continuent à nier l’impact négatif humain sur la planète.

Une plage recouverte de déchets plastiques ©National Geographic

Selon une étude publiée en 2017 dans Sciences Advances par des chercheurs américains, 8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produites entre 1950 et 2015 dont 4,9 milliards de tonnes ont fini dans des décharges ou dans la nature. La production de plastique ne fait que s’accentuer notamment en Chine, premier pollueur mondial.

Les États peinent à s’entendre sur de mesures écologiques communes. Ils affirment une volontéé de « bien faire » mais ne mettent que peu de mesures en oeuvre. L’Accord de Paris sur le climat signé en 2015 lors de la COP-21 illustre bien ce point.  Comment atteindre les buts fixés quand l’un des plus gros pays pollueurs du monde s’y soustrait ? Donald Trump a retiré en juin 2017 les États-Unis de cet accord. A

La place des acteurs non-étatiques comme les ONG Greenpeace ou la fondation The Ocean Cleanup mais aussi les actions individuelles pour lutter contre la pollution environnementale augmentent. Nombre de pamphlets ont été publiés par des scientifiques et même par des célébrités pour mettre en avant l’urgence de sauvegarder la planète. Les mesures adoptées par les États sont jugés insuffisantes ou inutiles.

Le Sommet global pour le climat de San Francisco qui s’est déroulé du 12 au 14 septembre 2018 a montré ces nouvelles dynamiques. Chaque individu engagé dans la lutte pour le climat a pu participer et établir des nouvelles ambitions avec les autres acteurs. Il s’agit d’une « COP des acteurs non étatiques», comme écrit Le Monde, avec l’aspiration de trouver une réponse globale pour la problématique environnementale.

Reportage

Zéro déchet au quotidien : l’expérience d’une commerçante lilloise

Par Lucie Remer

Alice Bigorgne, gérante d’une épicerie en vrac à Lille, a complètement chamboulé sa manière de consommer suite à la lecture ddu livre Zéro déchet : 100 astuces pour alléger sa vie de Béa Johnson. Ancienne directrice marketing dans le textile, voilà maintenant plus de cinq ans qu’elle a adopté avec sa famille un mode de vie « zéro-déchet ».
Alice dans son magasin de vrac ©DaybyDay

«Changer drastiquement de mode de vie, c’est compliqué. Il faut y aller progressivement», explique-t-elle. Alice a commencé par des choses simples. L’essuie-tout a été l’une de ses premières victimes, bien vite suivi par les sachets de pain. Alice se rendait dans les magasins, armée de bocaux et de boites en plastique. «Aujourd’hui, si tu es vraiment motivé, tu peux faire toutes tes courses sans emballage» assure-t-elle. Petit à petit, les poubelles ont commencé à se faire rare chez les Bigorgne.Moqueries et provocations ont été au rendez-vous. « De toute façon, vous ne pourrez rien changer», leur disait-on.

Désormais, elle préfère consommer peu mais de meilleure qualité. Concernant l’épicerie vrac, cela pourrait même revenir moins cher, «entre 30 et 40% par rapport aux produits emballés». Cette réduction des coûts se retrouverait au quotidien. Son boucher par exemple, offre 30% de remise si l’on vient avec ses emballages. En outre, les économies peuvent se faire ailleurs, dans la lessive par exemple. «Avec des copeaux de savon de  Marseille et de l’eau, un litre revient à 40 centime, contre 5 ou 6 € au supermarché». Le budget finirait par s’équilibrer, voire même par baisser. En ligne de mire, la volonté de ne plus surconsommer.

«Arriver au zéro déchet, c’est pas évident, mais réduire ses déchets drastiquement, c’est possible». Alors qu’un citoyen lambda produirait plus de 300 kilos de déchets résiduels par an, sa famille de quatre n’est responsable que d’une petite vingtaine de kilos par an. «L’astuce c’est de regarder ce qu’il y a dans ta poubelle et se demander ‘Comment je fais pour que ce déchet ne rentre plus chez moi ?’, puis de trouver une solution pour le remplacer. En fait, il y en a plein , plein, plein.»

Day by day, magasin de vrac à Lille ©DaybyDay

 

Vidéo de Léocadie Martin

Sens critique

Les opinions sur ce mouvement sont diverses mais les débats portent surtout sur l’impact du plastique sur notre planète.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Les petits ruisseaux font les grandes rivières. La somme des actions des uns et des autres peut générer de réels changements.
  • Yasmine El-Kotni, cofondatrice de l'association Bas les Pailles, a lancé une pétition sur Change.org pour leur interdiction en France.

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Le réchauffement climatique est une vue de l'esprit
  • Donald Trump

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