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Le destin agité des migrants de l’Aquarius

Le 9 juin 2018, après un sauvetage en mer Méditerranée, 630 personnes montent à bord de l’Aquarius. D’abord censés débarquer dans un port italien, les migrants se retrouvent bloqués à bord du bateau pendant près de huit jours face au refus des autorités italiennes de les accueillir. Après une partie de ping-pong entre pays européens, les migrants ont enfin mis les pieds sur la terre ferme dans le port de Valence en Espagne le 17 juin dernier. Retour sur un sujet qui divise l’opinion.

Au commencement ?

L’Aquarius est un ancien bateau des gardes-côtes allemands affrété par SOS Méditerranée en partenariat avec Médecins sans frontières. Il s’agit de deux associations qui portent secours aux migrants qui tentent de fuir leur pays face à divers contextes : situations de guerres, dictatures, famines…. Le navire de près de 77 mètres de long et 12 mètres de large accueille en son bord une équipe composée de marins, de sauveteurs et de médecins.

Tous les mois, il largue les amarres du port de Catane en Italie. Pendant trois semaines, il patrouille 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 en mer Méditerranée centrale, entre les côtes libyennes et l’Italie. L’Aquarius étant bien trop imposant pour s’approcher des embarcations de fortunes des migrants, l’équipage utilise des petits bateaux nommés Zodiacs. Depuis 2016, l’embarcation a sauvé près de 27 000 personnes. Toutefois, entre janvier 2014 et mars 2018, on a dénombré près de 13 792 personnes noyées tandis que beaucoup de disparus ne sont pas recensés.

Dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 juin, les sauveteurs ont récupéré 630 migrants originaires de Lybie. Après cette opération, tout le monde s’entasse. En effet, le bateau est censé ne pouvoir accueillir qu’un peu plus de 500 personnes. Les associations se tournent alors vers les pays les plus proches pour débarquer au plus vite. L’Italie et Malte refusent. C’est le début de huit jours d’errance en mer.

Et maintenant ?

Alors que les conditions de vie à bord de l’Aquarius se dégradent au fil des jours, la plupart des pays européens restent sur leurs positions. C’est Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement italien (né d’une coalition entre l’extrême droite et le Mouvement Cinq étoiles – qualifié de populiste), qui exprime tout d’abord son refus d’accueillir les 630 migrants. Même chose du côté de Malte. De son côté, la France reste silencieuse pendant près de trois jours après les faits. Dans un premier temps, Emmanuel Macron rappele que, selon le international maritime, il revient aux pays dont les côtes sont les plus proches de l’embarcation en péril d’assumer la responsabilité de l’accueil. Mais quid du principe d’humanité ? Si le Président français qualifie la décision de l’Italie de “cynique”,  il n’a formulé aucune proposition d’accueil.

C’est finalement le tout nouveau chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, qui propose au navire d’accoster à Valence. Dès leur arrivée, le 17 juin dernier, les migrants ont été logés dans un gymnase d’un campus universitaire de Cheste, à quelques kilomètres de Valence. Peu à peu, ils ont été envoyés dans des logements plus stables. Le gouvernement leur a fourni une carte de sécurité sociale et un permis de résidence de 45 jours. Un laps de temps durant lequel ils ont dû décider s’ils souhaitaient demander l’asile en Espagne ou se rendre en France. En effet, le gouvernement Français a finalement accepté d’accueillir les personnes pouvant faire l’objet d’un asile politique. Ainsi, le 12 juillet, 78 migrants sont arrivés en France, répartis entre trois régions : les Hauts de France, la Provence-Alpes Côte d’Azur et la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Enjeux

Le refus par l’Italie d’accueillir l’Aquarius a relancé le débat entre les pays européens. Quatre jours avant le Conseil Européen du 28 et 29 juin, s’est tenu un mini-sommet d’urgence entre les dirigeants de 16 pays de l’Union Européenne. Afin d’aboutir à des solutions globales, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Autriche ou encore Malte se sont réunies. Toutefois, aucun consensus n’a été trouvé. En ce qui concerne le Conseil Européen, une seule idée semble rassembler les pays : empêcher les arrivées de migrants sur le continent. Suite aux échanges, l’idée serait de créer des « plateformes régionales de débarquement«  et des “centres contrôlés” dans différents pays et principalement hors de l’UE. Les migrants secourus en mer seraient alors pris en charge hors du territoire européen et les demandes d’asiles seraient étudiées au cas par cas. Toutefois, bien que les Etats collaborent grâce à l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (ex-Frontex), chaque pays semble vouloir s’occuper de ses frontières comme bon lui semble.

Reportage

Sens critique

Le sort des migrants divise gouvernements et populations. Voici les avis de ceux qui sont favorables au fait de les accueillir, et ceux qui au contraire, estiment que c’est une mauvaise idée.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Il en va de notre dignité humaine et de celle de ces personnes
  • Eviter une catastrophe humanitaire
  • La mission de la mer du Pays basque

    L’association rattachée à l’action catholique soutient financièrement le bateau depuis sa création. Cette année, elle vient de renouveler son aide pour la quatrième fois.

    https://bit.ly/2NUdYlj

  • Laurent Joffrin

    Le directeur de la publication de Libération s’est exprimé dans la revue La lettre politique en évoquant un rêve: « Faisons un rêve : devant cette situation, qui n’est guère conforme à la dignité humaine, ni aux règles maritimes reconnues par tous, le gouvernement français accepte d’accueillir le navire dans un port de la Corse, qui n’est guère éloignée, comme on sait, de la Sardaigne. »

    https://bit.ly/2LR42rg

  • Martine Aubry

    La maire de Lille s’est proposée d’accueillir une partie des réfugiés qui sont arrivés en France le 12 juillet dernier.

    https://bit.ly/2mdNYVh

  • Pedro Sánchez

    En accueillant le bateau sur le sol espagnol, le nouveau Premier Ministre du gouvernement espagnol a secoué l’opinion publique. Il a d’ailleurs affirmé: « nous avons le devoir d’éviter une catastrophe humanitaire »

    https://bit.ly/2LNi9hf

  • Anne Hidalgo et Olivier Faure

    La maire PS de Paris et le premier secrétaire du PS ont exprimé leur soutien au premier ministre espagnol Pedro Sánchez.

    https://bit.ly/2v6Xrls

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Cela coûte de l’argent aux contribuables français
  • Cela créérait un précédent
  • Matteo Salvini

    L’homme politique italien a crié victoire après la décision de l’Espagne de laisser accoster l’Aquarius à Valence. Il a notamment secoué l’opinion publique avec son hashtag #stopinvasione (« stop à l’invasion »)

    https://bit.ly/2Lo502a

  • Marine Le Pen

    La présidente du FN, a suggéré de « confisquer » l’Aquarius à l’ONG SOS Méditerranée estimant que cette dernière est « complice des passeurs »

    https://bit.ly/2LqAGnB

  • Eric Cioti

    Le député LR des Alpes-Maritimes a déclaré « comprendre » la décision du gouvernement italien. Par ailleurs, il a affirmé: « L’Aquarius, il a une destination toute trouvée, il faut qu’il retourne vers les côtes libyennes »

    https://bit.ly/2mJFohe

  • 56% des Français

    Une majorité de Français, selon un sondage d’Opinion Way, semble d’accord avec la décision du gouvernement de ne pas avoir ouvert de port à l’Aquarius.

    https://bit.ly/2LqmGKw

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