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Le décrochage scolaire : un « problème social » à ne pas sous-estimer

Le 13 septembre dernier, Emmanuel Macron a inscrit le décrochage scolaire au sein des principales mesures de son plan pauvreté. Face à l’augmentation des « sorties » du système scolaire, il est nécessaire de mettre en place des dispositifs de prévention et d’accompagnement des jeunes et de prévoir des alternatives.

Au commencement ?

Le « décrochage scolaire » est le fait d’abandonner le système scolaire avant l’obtention d’un diplôme à finalité professionnelle (brevet de technicien, CAP, baccalauréat). Depuis quelques années, on remarque une baisse globale du taux de scolarisation des adolescents. L’OCDE indique en effet que ce taux est passé de 89% à 84% en France chez les 15-19 ans entre 1995 et 2010.

Ce phénomène est dû à de nombreux facteurs : un manque d’intérêt pour les cours, des difficultés relationnelles, une dépression, une phobie scolaire… Le « refus scolaire anxieux », touche 0,3% à 1,7% des élèves selon une étude d’Elisabeth Baranger. Un rapport du CREFE explique que les élèves peuvent décrocher à plusieurs niveaux. En effet, le décrochage s’observe d’une part au niveau des études car l’élève n’y trouve pas d’intérêt et se sent en échec ou également au niveau de l’institution scolaire car il ne s’y sent pas assez considéré.

Et maintenant ?

Le décrochage scolaire est central dans les politiques éducatives. Ainsi, en 2016, une formation continue des enseignants à la prévention du décrochage scolaire a été lancée. Cela a débouché sur la création du corps des psychologues de l’Education nationale permettant d’identifier et dialoguer avec les décrocheurs. L’Etat a aussi acté la conservation des notes supérieures ou égales à 10 en cas de redoublement après un examen ainsi qu’un droit au retour à la formation pour les 16-25, notamment via la structure de retour à l’école (SRE). Plus récemment, Emmanuel Macron a annoncé avec son « Plan pauvreté » l’obligation d’une formation jusqu’à 18 ans, contre 16 aujourd’hui. Les régions agissent également, notamment l’Ile-de-France avec, en mai, le lancement d’une plate-forme téléphonique qui contacte les décrocheurs. A remarquer que l’école elle-même est repensée : lycées alternatifs, autogérés, micro-lycées, classes relais… autant de méthodes prévues pour mieux déceler les difficultés des élèves afin de mieux les surmonter.

Un cadre militaire est également envisagé pour venir en aide aux décrocheurs, notamment les internats Epide et les dispositifs d’insertion professionnelle du service militaire volontaire (SMV) et service militaire adapté (SMA) pour l’outre-mer. Les associations s’emparent aussi du sujet, notamment l’AFEV qui, lors de la Journée du Refus de l’Echec Scolaire, met en place des rencontre-débats et prend le temps d’échanger avec les décrocheurs.

Enjeux

De nombreux élèves sont dans cette situation. 9,2% précisément, selon les chiffres du gouvernement, contre 11% en moyenne dans l’Union Européenne. En dépit d’une amélioration, les efforts psont à poursuivre puisque 71% des jeunes décrocheurs sont sans emploi ou inactifs. La (ré)insertion de ces jeunes dans le système scolaire ou dans la vie professionnelle est donc un défi à relever.

L’école est indispensable à l’insertion dans la vie active. Par ailleurs, un décrocheur scolaire coûte quelque 230 000 euros à l’Etat au cours de sa vie, ce qui représente une dette de 30 milliards d’euros chaque année pour la France. L’enjeu économique pour l’Etat est donc très important.

Reportage

A la découverte du lycée de la nouvelle chance

Le lycée de la Nouvelle Chance est un établissement qui accueille les élèves concernés par le décrochage scolaire à Lille. La plupart sont âgés de moins de 25 ans et sont sortis ou sur le point de sortir du système scolaire.

Il y a un an le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO), publiait des chiffres quant à la part de non diplômés parmi les 15-24 ans sortis du système scolaire, l’académie de Lille avait l’une des moyennes nationales les plus importantes (30% en 2013). Des mesures ont été prises, notamment le plan PERCEVAL. Dispositif de persévérance scolaire dans l’académie de Lille, ce plan cherche à prévenir rapidement le décrochage scolaire. D’autres projets ont vu le jour, c’est le cas du Lycée de la Nouvelle Chance. Une initiative prise par la direction diocésaine de Lille en 2013, précurseur de ce type d’établissement dans la région Nord, tandis que dans d’autres régions ces structures existaient parfois depuis plus de 18 ans.

Cours au lycée de la nouvelle chance – Crédit : Emma Guizot

Le lycée a pour vocation de préparer au baccalauréat, dans des conditions de travail adaptées à chaque profil selon ses besoins. Les classes ne dépassent pas 15 élèves pour faciliter un rapport de confiance et de partage avec l’enseignant. Bertrand Leclercq, coordinateur pédagogique explique : « L’objectif est de casser le code professeur-élève […] on prend l’élève dans sa globalité, et on essaye de lui redonner confiance en l’adulte ».

En matière de méthodes d’enseignements, le lycée a pour ambition d’être « un laboratoire d’innovation pédagogique » afin de trouver la bonne formule d’enseignement. En mathématiques par exemple, l’élève doit se filmer tout en réalisant son devoir, il explique ainsi à ces camarades et à son professeur la démarche effectuée. Un autre projet est en préparation, Bertrand Leclercq précise : « Cette année nous allons mettre en place un Escape Game sur une semaine, les élèves vont arriver un lundi matin, et il y aura un mystère à résoudre, le professeur d’espagnol aura disparu ! Toute la semaine ils auront des énigmes et des indices, et se sera le support de tous nos cours ». La clé selon lui c’est « enseigner autrement » ainsi les professeurs doivent s’adapter en permanence pour raccrocher leurs élèves et leur redonner le goût d’apprendre.

Sens critique

Promesse du candidat Emmanuel Macron, le Service National Universel (SNU) s’inscrit dans la lignée du service militaire obligatoire, supprimé en 1995. Adressé aux jeunes de 16 ans, il est composé d’une « phase de cohésion » obligatoire où seront brassés des jeunes de tous les horizons et d’une deuxième phase facultative d’engagement de minimum 3 mois. Annoncé en juin par le ministre de l’Education nationale J-M. Blanquer, le SNU a une dimension pédagogique et il est envisagé comme solution au décrochage scolaire.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Un cadre alternatif à l’école : le service national universel sera une école de la fraternité. Il s’agit de donner à notre jeunesse la possibilité de se réunir […] en abattant toutes les barrières sociales.
  • Possibilités d’insertion professionnelle : Une période de volontariat ouvrirait des perspectives évidentes […], elle permettrait aux jeunes d’acquérir des compétences qui leur serviront dans leur vie professionnelle
  • Emmanuel Macron

  • Edouard Philippe

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Durée insuffisante : pour que les jeunes rendent service à leur pays il faut du temps. D'où l'intérêt du service civique qui, lui, dure 6 à 12 mois et permet d'acquérir une expérience sur laquelle ils peuvent construire et rebondir
  • Limites de ce cadre alternatif : la mixité sociale ne se décrète pas, elle se construit en même temps que le citoyen en devenir, à l’école de la République
  • Marie Trellu-Kane présidente d’Unis-Cité

    Présidente d’Unis-Cité

  • Collectif de 14 associations étudiantes

    Collectif composé des associations Animafac, Coexister, Fage, Jets d’encre, JOC, LMDE, MAG Jeunes LGBT, MRJC, PDE, SGL, Unef, UNL, UNL-SD

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