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La rentrée littéraire 2018 : tour d’horizon

Alors que la rentrée littéraire 2018 entre dans son troisième mois, novembre sonne l’heure du premier bilan tout comme l’ouverture de la saison des prix littéraires : un automne placé sous le signe de la feuille.  

Au commencement ?

Phénomène emblématique français, la rentrée littéraire s’impose comme la pierre angulaire de l’année pour l’ensemble des travailleurs du livre. Cette concentration massive de parutions de nouveaux romans – tous genres confondus – a lieu chaque année entre fin août et début novembre.

Le plus ancien et prestigieux prix littéraire français est le Goncourt. Crée au XIXème siècle, les Edmond et Jules Goncourt étaient des écrivains et amateurs d’art extrêmement fortunés. Souhaitant que leur héritage – après leur décès – soit utile à aider de jeunes écrivains au talent prometteur, ils rédigèrent un testament en ce sens fondant le célèbre prix. L’ensemble de leurs biens devait être vendu pour financer la création d’une académie composée exclusivement de dix hommes de lettres. Cette académie aurait pour mission de décerner un prix annuel de 5000 francs (aujourd’hui plus de 10 euros) récompensant le meilleur « volume d’imagination en prose » publié dans l’année. Pour cela ses membres se réunissent chaque premier mardi d’octobre à novembre au restaurant Drouant dans le second arrondissement de Paris. Le premier prix Goncourt fut décerné le 21 décembre 1903 à John Antoine Nau pour Force ennemies. Il a été suivi, par ordre de création, du prix Femina (1905), du Grand Prix du Roman de l’Académie française (1915) du Renaudot (1926) et du Médicis.

L’engouement pour la rentrée littéraire tient ses origines du goût prononcé des Français pour la lecture. Selon la dernière étude en date (2017) du Centre National du Livre, les Français sont toujours autant lecteurs voir même plus qu’en 2015. En 2017 au niveau national on compte 28% de grands lecteurs avec une moyenne de 20 livres par an. Au classement international des pays en fonction de leur temps de lecture, la France se place à la 10ème position avec 6,9 heures de lectures hebdomadaires. La lecture en tant qu’activité ne connaît pas de crise, c’est au niveau de l’achat et du support que l’on constate une diversification des pratiques. En effet sans surprise la lecture numérique se développe (20%) mais le CNL constate surtout un fort plébiscite de l’achat des livres d’occasion et des ventes en lignes, au détriment des librairies indépendantes (22%) . Celles-ci tentent de subsister face aux développement des rayons spécialisées au sein des grandes surfaces (19%), et c’est sans compter le développement des grande surfaces culturelles spécialisées dans la vente du livre (25,5%) selon l’Observatoire de l’économie du livre, du Service du livre et de la lecture.

Et maintenant ?

La rentrée littéraire 2018 c’est 567 romans dont 381  français. On compte 94 premiers romans.

Rapidement un trio d’auteurs s’est placé en tête des ventes. L’indétrônable Amélie Nothomb domine le podium avec son 26ème roman Les prénoms épicènes. Loin derrière, et non pour autant moins apprécié, se trouve A son image de Jérome Ferrari déjà prix Goncourt 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome. Les ventes de son nouveau roman s’écoulent à environ 6000 exemplaires tout comme Un monde à portée de main, qui marque le très attendu retour de Maylis de Kérangal dont le roman Réparer les vivants (2014) a connu une adaptation cinématographique en 2016.

 

 

Enjeux

La rentrée littéraire au delà de l’aspect qualitatif et du plaisir de lire est avant tout un énorme coup commercial. Il permet aux éditeurs de faire connaître leurs dernières parutions avant Noël. Le livre reste indubitablement « le » cadeau des fêtes affirment la majorité des libraires et permet à ces derniers d’effectuer leur plus gros chiffre d’affaires. D’autre part, cet événement permet aux éditeurs de mettre en avant leurs nouveautés pour espérer être distingué d’un prix littéraire, décernés à la même époque. L’obtention de l’un d’entre eux déchaîne la consécration suprême pour l’écrivain et l’envol des ventes pour son éditeur. 

Crédit : Radio France.

Reportage

 La librairie La Lison à la page de la rentrée littéraire 

La librairie La Lison, située place Jeanne d’Arc accueille férus de littérature et novices désireux de conseils de lecture./ Célestine GENTILHOMME

 

  Des cartons amassés près du comptoir, le vent frais de la rentrée littéraire souffle encore sur les étagères de la librairie La Lison. Entre les classiques de la littérature disposés soigneusement, les petits nouveaux cherchent désormais leurs places. Des nouveautés sur lesquelles éditeurs et libraires misent pour conforter les ventes.

    Derrière le comptoir, Fantine étiquette les derniers arrivés. Un bon cru pour la librairie de quartier, selon elle. Loin du joug éditorial, celle-ci jouit de son indépendance face aux géants du livre. Au cœur du quartier Saint-Michel, une clientèle d’habitués s’affaire depuis septembre livres en main sous les conseils avisés de leurs libraires. Si le cru 2018 n’a pas su convaincre unanimement au niveau national, La Lison remplit avant tout ses étagères de ses coups de cœur.

Les clients se glissent entre les étagères à la recherche du livre qui réchauffera leurs soirées d’automne. / Célestine GENTILHOMME

 

    C’est au cours de quelques échanges rieurs que la rentrée littéraire prend forme. Incontournables, les lauréats sont au rendez-vous. Mention spéciale au Prix Goncourt, cadeau privilégié et sans risque d’un Noël sous le gui de la culture. Mais la librairie ne réduit pas seulement sa sélection au prochain successeur d’Eric Vuillard. En surprennent certains, la thématique de la survie à une apocalypse se dégage principalement de la littérature blanche mise en rayon. Une thématique sous fond d’engagement qui séduit les lillois les plus curieux. Retour à l’adolescence cette fois-ci, à l’aube de l’acné et des premiers baisers. Les romans comiques dans lesquels les adolescents y découvrent la vie connaissent un grand succès auprès d’un public pourtant adulte. Non sans rappeler le succès de La Vraie Vie, premier roman de l’écrivaine belge Adeline Dieudonné, ovationné par la critique.  

  Face aux 547 romans publiés à l’occasion, les lecteurs attendent sans surprise une belle plume mais aussi un soupçon d’aventure. Marqués néanmoins par l’indécision quant à l’infini de choix en cette rentrée littéraire, nombres sont ceux qui se tournent vers La Lison. Et c’est Fantine, le regard aguerri, qui joue les entremetteuses entre ses clients et ses propres coups de cœur. 

   Succès pour Roissy de Tiffany Tavernier auprès des habitués. Sur les recommandations de Fantine, les lecteurs se laissent séduire par le puissant portrait d’une amnésique errant dans les couloirs de Roissy. L’aéroport comme seul repère, l’héroïne le parcourt depuis huit mois à la recherche de son identité, dont elle a étouffé la connaissance. Nommé au Prix Femina des lycéens, le roman est un immanquable message d’espoir à lire impérativement.

Sens critique

L’absence de remise du prix Nobel de littérature 2018 est-elle légitime ? 

Le scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne a reporté la distinction à l’année prochaine en raison d’une « crise de confiance » au sein de l’Académie Suédoise. C’est la première fois en plus de 50 ans.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Le scandale #metoo doit empêché les fautifs de continuer d’exercer leur fonction.
  • L’Académie suédoise souvent considérée comme misogyne, va devoir repenser son modèle et prendre plus en considération les femmes nominées.
Les arguments de ceux qui sont contre
  • L’attribution d’un prix ne devrait pas être remise en cause par les exactions de ses jurés (et encore moins de celles de leur conjoints).
  • Le prix Nobel de littérature est un moyen unique de diffusion de l’œuvre d’un auteur qui fait preuve d’idéalisme et qui par le même biais apporte le plus grand bénéfice à l'humanité.

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