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La performance dans l’art

Les performance dans l’art interpellent beaucoup de personnes. Et divisent entre adeptes et réfractaires. Retour sur un phènomène fascinant…

Au commencement ?

Le XXème siècle est une grande période de transition dans l’histoire de l’Art. En effet les artistes sont amenés à rompre les codes traditionnels de l’art en cherchant de nouvelles techniques, en aspirant à créer de nouveaux concepts, de nouvelles manières d’appréhender l’art et d’attirer l’attention du public. C’est dans ce climat de renouvellement que des mouvements artistiques, comme le fauvisme, le cubisme ou encore le surréalisme se sont révoltés contre des institutions trop élitistes, hiérarchiques et bourgeoises.

De cette nouvelle philosophie artistique naît le terme de « Performance Artistique ». Les arts visuels ont initié ce concept en filmant les peintres dans l’atelier même, leurs techniques de travail et de production. Ce concept « d’Action Painting » est déjà une innovation artistique, allant contre les idées reçues de l’artiste mystérieux réalisant des chefs d’œuvre grâce à des semblants de don divin. Jackson Pollock est alors l’un des pionniers de ce concept en se laissant filmer, dès 1948 lors de ses performances.

La performance artistique, dès les années 1960, crée un raz de marée en réalisant des œuvres éphémères et périssables, forçant son public à remettre ses préjugés sur la notion d’œuvre artistique. Mais ce sont les mouvements féministes des années 1960 et 1970 qui donnent un vrai sens politique et social à la performance artistique. En dévoilant des scènes osées, très crues et violentes, les artistes sont parvenus à attirer l’attention sur le combat qu’ils ont mené.

Et maintenant ?

La performance artistique s’est popularisée pour devenir en un demi-siècle une forme d’expérimentation artistique à part entière. C’est ainsi que des performances telles que celle de l’artiste Abraham Poincheval a vu le jour au Palais de Tokyo à Paris en Février 2017. S’enfermant dans un rocher pendant toute une semaine, il fait sensation forte au cœur d’un des plus célèbres musées contemporains, accueillant les artistes les plus renommés de leurs générations

Bien que peu reconnues comme une forme d’art à part entière, les performeurs vantent et prônent une forme d’improvisation et d’inattendu dans leurs actes. Leur corps tout entier fait parti intégrante des scènes de performances. Le public est même parfois invité à être acteur de la performance comme en 2010 au MOMA à New York, où la performeuse Marina Abramovic est restée impassible et statique pendant près de six heures. Le public était invité à se poser devant elle, créant lui-même le décor et l’ambiance de la performance.

La performance artistique s’est démocratisée, qu’on adule ou qu’on réprouve le concept, cette dernière fait toujours autant polémique par les actions toujours plus poussées de ses acteurs.

Enjeux

Alors que pour Tolstoï, l’art est une « transmission de sentiments » (in Qu’est-ce que l’art ?), le geste artistique semble se diriger de plus en plus vers les happenings, les installations, l’improvisation et autres formes de performances. Ces dernières paraissent se détacher de la conception sentimentale de l’expression artistique formulée par Tolstoï. Une tendance générale qui s’oriente vers le non-reproductible et le dérangeant émerge de cette conception artistique. Alors, est-ce que la performance reste de l’art ou juste un ensemble de gestes hasardeux pouvant être exécutés par n’importe qui ? Est-ce que tout un chacun peut devenir artiste, ou y-a-t-il encore des procédés menant à la conception d’une œuvre d’art ? Ces questions sont celles des spectateurs des performances de Yoko Ono, de Chris Burden ou encore de Dan Graham. Bien qu’il y ait une intention artistique derrière ces performances, est-elle justifiée et réellement artistique ?

Reportage

« Il faut parler de soi, car ce n’est pas les autres qui vont venir vers nous. »

Le performance dans l’art

Fred Depienne, peintre, exerce la performance notamment à travers l’enseignement. Avec ses élèves, il performe auprès du public lillois.

Fred Depienne. Crédits : SIte internet de l’artiste.

Au détour de la rue Geoffroy Saint-Hillaire, au coeur de Wazemmes, Fred Depienne niche son atelier dans les combles d’une maison. Peintre depuis toujours, il est passé professionnel depuis 12 ans après des études d’architecture. Il possède aussi la casquette de professeur, puisqu’il donne des cours sur la commune de Ronchin. « Je donne des cours de dessin et de peinture, pour tout âge et tout niveau, à mon domicile dans une salle aménagée. Parfois, avec mes élèves, j’effectue des performances. »
Des performances qui permettent dans un premier temps de se faire connaître. « Je suis déjà allé sur le marché de Wazemmes, avec quelques élèves. On a fait des aquarelles devant les passants, entre des vendeurs de tomates et de carottes (rires). Les gens ne s’arrêtaient pas forcément, mais on voyait que ça les interrogeait. Partager notre savoir est très difficile dans ces moments-là. » Le groupe est aussi allé dessiner sur le parvis de l’église Saint-Maurice, à Lille.

Quelques œuvres de l’artiste. Crédits : Lara Bouve

Seul, Fred Depienne a déjà réalisé des grandes performances dans des salons. Invité sur le stand de La Voix du Nord, il était chargé des animations et faisait découvrir la peinture au grand public. Tout en gardant l’objectif de terminer un tableau avant la fin de chaque salon, le peintre partageait sa passion et son métier avec les spectateurs. Il précise que « la population pense en général que l’art est un milieu très fermé, mais [que] ce n’est pas du tout le cas. Il faut parler de soi, car ce n’est pas les autres qui vont venir vers nous. »

La population pense en général que l’art est un milieu très fermé, mais ce n’est pas du tout le cas. Il faut parler de soi, car ce n’est pas les autres qui vont venir vers nous.

C’est ce qu’a fait, selon lui, Banksy, en auto-détruisant son oeuvre après que celle-ci soit adjugée plus d’un million deux cent mille euros à Londres. « Banksy s’est fait connaître, au départ, dans la rue. C’était sa motivation majeure. Il a été suivi par beaucoup d’autres street artistes et a été tout de suite moins connu. Autodétruire son oeuvre a été pour lui un moyen de se détacher du lot. Et surtout, de faire un bon coup de publicité et de communication. » Se détacher, se démarquer, sont les deux mots-clés de la performance.

Lara Bouve.

Sens critique

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Roselee Goldberg, historienne d’art américaine

    « De par sa nature même, la performance défie toute définition précise ou commode, au-delà de celle élémentaire qu’il s’agit d’un art vivant mis en œuvre par des artistes. »

  • Robert Ayers, artiste et écrivain, performer.

    « Pour être un performance artist, il faut haïr le théâtre. Le théâtre est faux […]. Le couteau n’est pas réel, le sang n’est pas réel et les émotions ne sont pas réelles. La performance, c’est exactement le contraire : le couteau est réel, le sang est réel, et les émotions sont réelles. C’est un concept très différent. C’est à propos de la vraie réalité. »

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Thomas Benson, critique d’art célèbre

    « Je ne discute pas seulement ses idées, je n’aime pas son art. Ni ce qu’elle fait de l’art. Vois-tu, je n’ai rien contre le principe du « happening » - la « performance » est une forme d’art, on est d’accord. Mais quand une belle fille comme Jennifer Smith vit en clocharde pendant un an dans les rues de New York, et qu’elle intitule cet évènement Soyez vous-mêmes, tu m’excuseras, je crois de mon devoir de critique de fixer les limites du ridicule. »

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