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La fermeture du commerce des solariums au profit de la santé publique

Voilà plusieurs années que médecins et dermatologues demandent la fin des solariums, centre de cabines de soleil. Début octobre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire réouvre la question pour, cette fois-ci, demander une législation pour interdire l’exposition de la population aux UV artificiels. Face aux enjeux, économiques, sanitaires et sociaux, les débats sont houleux.

 

Au commencement ?

À la fin du XIXe siècle, le physicien danois Nils Ryberg Finsen met en place un prototype de lampe à rayons ultraviolets (UV) afin de guérir certaines maladies de la peau.

Dans les années 1970-80, ce ne sont plus de simples lampes mais des cabines entières qui se développent et se popularisent en Europe et en Amérique du Nord. Il s’agit de cabines munies de lampes à rayons UV utilisées principalement pour obtenir un teint plus hâlé. À l’époque, la mode du bronzage était justement en train de se démocratiser en Occident. Les solariums étaient donc fréquentés pour des raisons esthétiques, mais pas seulement. En effet, être bronzé était socialement reconnu comme être en bonne santé.

Cabine UV

D’autre part, l’utilisation de ces cabines restaient prescrites par certains médecins dermatologues pour pallier des problèmes de santé comme l’acné, l’eczéma ou encore certaines maladies musculaires. 

Enfin, l’utilisation de ces cabines est aussi conseillée à petite dose pour protéger d’une future exposition au soleil. Des dermatologues expliquent que la mélanine, un pigment de couleur sombre produit par des cellules de la peau en contact avec un rayonnement UV, peut préparer la peau à une agression du soleil.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, et depuis la fin des années 1980, l’enthousiasme quant à l’utilisation de ces cabines s’est très largement épuré dans le domaine médical, alors que l’engouement populaire ne cesse de croître. En 2010, 13 % des français reconnaissent avoir été exposés aux UV artificiels au moins une fois, soit environ 8,5 millions de personnes. Nourri de nombreuses études prouvant la dangerosité de la chose, cet épurement est tel qu’il pousse les gouvernements des pays européens à se pencher sur la question. De nombreuses études montrent que l’utilisation d’une cabine solaire ne protège pas la peau des rayons UV du soleil car la coloration artificielle de la peau ne suit pas le même mécanisme biologique que le bronzage naturel.

L’exposition, à tout âge, au bord de mer, activité prisée des Français

D’autre part, une exposition trop fréquente et trop intensive à des rayons UV dans une cabine peut vieillir la peau jusqu’à quatre fois plus rapidement que sous le soleil. Mais le danger le plus important reste le risque de développement de cancer de la peau. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) explique que l’exposition de la peau à ce rayonnement artificiel est telle qu’elle le serait sur une plage tropicale, aux heures où le soleil est le plus incisif. Une peau de moins de 24 ans est, de plus, fragile : elle doit être davantage protégée. Passé cet âge, la peau est mature et craint un peu moins les UV. La forte intensité du dispositif peut causer une modification de l’ADN et provoquer un cancer. Le rayonnement UV artificiel est considéré comme cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 2009. Enfin, selon Santé Publique France, le cancer de la peau est l’une des premières causes de mortalité chez les personnes de moins de 35 ans.

En 1997, le gouvernement prend une première mesure concernant ces dispositifs en interdisant leurs accès aux mineurs. En 2013, suite à ces nombreux avertissements scientifiques, la loi Touraine interdit aux solariums de faire de la publicité, et les oblige à informer leurs clients des différents dangers que représentent UV.

Le 10 octobre dernier, l’ANSES a remis un rapport au ministère de la Santé concernant notamment le nombre de personnes atteintes de mélanomes (une des forme les plus répandues des cancers de la peau) suite à une exposition aux UV artificiels (380 par an). Ce communiqué souligne aussi qu’une exposition avant l’âge de 35 ans augmente le risque de mélanome de 59 %. L’agence demande par conséquent au gouvernement de les interdire en France.

 

Enjeux

Les enjeux d’une éventuelle interdiction des cabines solaires en France mettant fin au bronzage par UV sont divers :

  • sanitaire tout d’abord. Elle pourrait réduire le nombre d’atteints de mélanomes d’environ 380 individus par an. Selon l’Institut national de veille sanitaire, les rayons UV artificiels pourraient être responsables de 500 à 2 000 décès dans les trente prochaines années si les conditions légales ne changent pas. La loi se voit donc motivée par cet objectif.

 

  • économique ensuite. La fin des solariums induirait la suppression d’environ 22 000 emplois liés directement ou indirectement au secteur du bronzage en cabines, selon le Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine (SNPBC). Il existe 10 700 centres de bronzage en France et l’industrie représente un chiffre d’affaire annuel de 231 millions d’euros.

 

  • Social enfin. La fin de ces cabines de soleil se traduirait par la fin d’une tradition, ou tout au moins d’une habitude pour de nombreux français.

Reportage

Une victoire pour les dermatologues

Le docteur Odile Patenotre est dermatologue à Lille. Elle et ses confrères sont unanimes sur la fermeture des cabines solaires : « C’est quelque chose qu’on attend depuis très longtemps, depuis qu’elles existent en fait. Et depuis toujours nous avons fait des campagnes de prévention pour alerter les gens sur la dangerosité des rayons UV. Donc la potentielle fermeture de ces cabines, c’est une bonne chose », explique-t-elle. La dermatologue complète son avis en affirmant que beaucoup de ses clients regrettent maintenant s’être rendus dans ces commerces, « mais ce n’est pas seulement lié à cela, ça comprend aussi toutes les expositions au soleil ! On a beau faire de la prévention pendant des années sur les dangers du rayon du soleil et donc des cabines solaires, les gens n’écoutent pas forcément ce qu’on dit et il est parfois déjà trop tard. » En effet, les professionnels de la santé communiquent beaucoup au grand public sur ces dangers, des journées de dépistage gratuites aux maladies de la peau sont organisées chaque année et des dépliants sont distribués, par exemple. Pour elle, « il faut que les mentalités évoluent ». Concrètement, les rayons UV peuvent accélérer le vieillissement de la peau mais également laisser des traces visibles sur le corps dès l’adolescence et ce pour toute la vie. « Plus les rayonnements sont chauds, plus ils vont profondément, et c’est le cas dans les cabines solaires. Tout cela peut créer des lésions pré-cancéreuses et si rien n’est fait, le patient se retrouve avec un cancer de la peau. »

Les dermatologues, spécialistes médicaux des problèmes de peau

Installée à Lille depuis maintenant plus de trente ans, Odile Patenotre a pu voir l’évolution de la situation sur le long terme. Elle constate une hausse du nombre de mélanomes (tumeur de la peau) depuis qu’elle exerce : « Avant on en voyait un de temps en temps. Aujourd’hui, je ne dirai pas qu’on en voit tous les jours mais presque. Ces chiffres sont bien sûr liés aux cabines mais pas que. En fait ils s’additionnent à l’irradiation que les gens ont dans leurs vies. » Mais ce qui est dangereux dans ces cabines reste la dose proposée aux clients : « Comme les UV des cabines ne sont pas ceux qui bronzent le mieux, ils donnent des doses assez importantes. En plus, la chronologie entre les séances et le phototype (qui permet de classer les individus selon la réaction de leur peau à une exposition solaire) ne sont pas toujours respectés. »

 

Et pour en savoir un peu plus sur l’opinion des premiers concernés, les consommateurs, c’est par ici :

Sens critique

Entre mensonges et arguments fondés, les différents acteurs concernés par les risques des solariums défendent leurs intérêts.

Les arguments de ceux qui sont pour
Les arguments de ceux qui sont contre

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