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Kurdistan : le rêve d’un peuple réprimé

par C. Le Piouff et L. Béguery

Les Kurdes se considèrent comme les habitants d’un Kurdistan, une entité que la communauté internationale ne reconnaît pas. Ils subissent des persécutions, notamment en Iran.

Au commencement ?

Le peuple Kurde est considéré comme le plus grand peuple apatride au monde puisque le Kurdistan, littéralement « pays des Kurdes », n’est pas reconnu par la communauté internationale. Il se dessine en outre sur quatre pays à la fois : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.

L’idée du Kurdistan est très ancienne mais le projet concret n’apparait qu’en 1920 avec le traité de Sèvres. Conclu entre les Alliés et l’Empire Ottoman, il prévoyait un « Etat kurde indépendant » quelque peu rogné mais suffisant. Or à peine trois ans plus tard ces promesses sont bafouées par le traité de Lausanne, les Kurdes sont alors répartis entre différents territoires. Face à la négation de leur identité, naissent des mouvements d’indépendance, notamment en Iran.

En Iran, les Kurdes sont une double minorité, démographique et religieuse. Aujourd’hui la population kurde représente 12,5% de la population iranienne, une minorité. D’autre part, les Kurdes appartiennent, pour la plupart, au courant de l’Islam, le sunnisme, tandis que le pays est à majorité chiite.

Sous le régime du Shah, les Kurdes sont fortement réprimés. Ils participent alors à l’instauration de la République islamique en 1979. Cependant, le nouveau leader en place, l’ayatollah Khomeini, refuse d’accéder à leur demande d’autonomie et appelle au « jihad contre les Kurdes ».

Et maintenant ?

En Iran, six partis kurdes se disputent la lutte contre le pouvoir de Téhéran. Certains revendiquent une forme d’autonomie dans le cadre de l’Etat iranien quand les autres demandent l’indépendance. Souvent armés et considérés comme des mouvements « terroristes », ils répondent à la violence de l’Etat iranien.

Effectivement, Téhéran opère une forme de répression des Kurdes organisée sur trois plans, la violence, l’économie et la culture. Les actions coercitives à l’encontre des Kurdes et des mouvements affiliés sont régulières. Le 8 septembre dernier, le gouvernement iranien a fait exécuter 3 militants kurdes malgré les sommations de la communauté internationale.

D’autre part, il s’opère une politique d’assimilation forcée de la minorité kurde. Des émissions TV et radio sont autorisées à émettre en langue kurde mais seulement dans les régions du pays où se concentrent les Kurdes. Le kurde se perd au profit du persan, la langue officielle, rendant les démarches administratives pour les paysans kurdes très complexes. Néanmoins, il n’y a plus la censure totale appliquée sous le régime du Shah.

Enfin la population se retrouve face à des difficultés économiques spécifiques. En effet, le Kurdistan iranien ne dispose pas d’industrie extractive alors que son sous-sol recèle des richesses minières considérables. En octobre 2017, les forces irakiennes, en collaboration avec l’Iran, ont repris la ville de Kirkouk que se disputaient les Kurdes et les Arabes pour sa richesse pétrolière.

Enjeux

Si la question d’un Kurdistan se pose à nouveau depuis l’attaque des Etats-Unis contre l’Irak, et encore plus depuis la forte implication des Kurdes dans la lutte contre Daesh, l’idée d’un Etat kurde est encore loin d’être une réalité. En effet, si certains kurdes comme les Peshmergas s’étaient pris à rêver d’un état indépendant suite aux prises territoriales acquises face à l’Etat Islamique, beaucoup d’éléments s’opposent à la création de cet Etat.

A commencer par les divisions inter-kurdes. Si les 35 millions de kurdes partagent le fait d’être apatrides, ils n’en restent pas moins séparés par différents courants et partis, avec chacun des idéologies spécifiques. Le PKK livre par exemple depuis la Syrie une guérilla sanglante face à la Turquie, là où le Kurdistan Irakien a réussi à obtenir une certaine autonomie, avec ses propres gouvernement et armée.

Au sein même de chaque pays peuplé par des kurdes, les factions sont nombreuses. Elles ont tendance à s’affronter, allant même jusqu’à des combats comme cela a été le cas ces dernières années.

Les refus de l’Irak, l’Iran, la Turquie et la Syrie de perdre une partie de leur territoire sont évidemment des obstacles à la naissance de cet état Kurde. Ces nations, qui ont soutenu les forces kurdes lors de la guerre contre Daesh, sont hostiles aux revendications territoriales kurdes, et les acteurs internationaux préfèrent conserver leurs relations avec les gouvernements installés. Le Kurdistan ne risque donc pas de voir le jour.

Reportage

Ajwan, Kurde en exil

par A. Sarradin

Ajwan est une jeune réfugiée kurde vivant au Royaume-Uni. Partie il y a 4 ans d’Iran pour échapper à la répression du régime, elle témoigne de son exil.

« Il y a encore 4 ans j’habitais une petite ville entre Sanandaj et Kermanshah, au Nord-Ouest de l’Iran. J’avais 15 ans. Mon père était un proche du parti d’opposition kurde qui gardait souvent ses actions secrètes, même auprès de sa famille.

Un jour, un de ses amis, lui aussi militant, a été arrêté par les gardiens de la révolution. Comme à leur habitude, ils ont prétexté qu’il était une menace pour la sécurité nationale. Il a été mis en détention et a été torturé à coups de fouet afin d’obtenir de faux aveux. Grâce à Dieu il n’a jamais parlé de nous et n’a pas été condamné à la pendaison. J’en ai déjà vu de ceux-là, et pas forcément des kurdes, ils sont tous un message que nous envoient les gardiens de la révolution. On voit ce qui nous arrivera si on ne se tient pas tranquilles.

Quelques semaines après, mon père a pris la décision de quitter l’Iran avec nous. Il a fait ce choix le jour où mon frère a été radié de l’université, ça voulait dire qu’on était déjà la cible du régime. Mon père en a déduit qu’il fallait s’en aller, pour notre sécurité. Il voulait d’abord s’exiler seul, mais on avait encore des amis proches qui étaient dans l’opposition, et il avait vraiment peur que le régime nous fasse subir des représailles si on restait.

On a alors voyagé tous ensemble vers la Turquie, sans trop de problèmes. On a fait appel à des passeurs, pour aller en Grèce, en Allemagne… je crois que je ne me rendais même pas compte du danger que cela représentait. On a mis plus de 10 jours à enfin arriver en Angleterre, et on s’y est finalement installé, grâce à des amis que l’on connaissait sur place.

Ma vie est plus simple ici. Même si mon pays ou mes amis me manquent parfois, je me rends compte que dans ma famille, plus personne n’a la boule au ventre. Et puis j’ai eu la chance d’aller à l’université. Ce n’est pas le cas de tous les réfugiés iraniens.

Mon père est triste de devoir regarder de loin le combat des kurdes. Il m’en parle souvent. Il y a deux ans j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à la cause qu’il défendait, et je sais que si ce pays pour lequel il se bat finit un jour par avoir des frontières, je devrais faire un choix : rester vivre ici, ou retourner là-bas, pour le construire. »

Zaniar et Loghman Moradi, symboles de la répression des kurdes iraniens

par F. Rondel

 

 

Sens critique

Le sujet de la reconnaissance d’un Kurdistan indépendant reste controversé. Aussi, si des personnalités de gauche comme Jean Luc Mélenchon ou Benoît Hamon prennent le parti des Kurdes contre la répression, rares sont celles qui élèvent la voix pour un Kurdistan indépendant.

 

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Le peuple Kurde à droit à un Etat
  • Najm Eddine Karim

    "J'ai lutté toute ma vie pour un Kurdistan indépendant", a déclaré l'ancien gouverneur kurde en Irak limogé par Bagdad

  • Jean-Luc Mélanchon

    "Nous envoyons tout notre soutien aux Kurdes, nos alliés dans la guerre contre Daech". Le président de la France Insoumise déclare régulièrement son soutien à la cause Kurde.

Les arguments de ceux qui sont contre
  • L'instauration d'un Kurdistan irait à l'encontre des règles internationales
  • Emmanuel Macron

    "La France est attachée à deux choses : avoir un Irak fort, une intégrité territoriale de ce pays qui est absolument essentielle dans la région. Et d’autre part avoir un plein respect des processus prévus par la Constitution de 2005 et un respect du pluralisme, dans la région comme en Irak."

  • Ali Shamkhani

    Le secrétaire du Conseil suprême national de sécurité de l'Iran a déclaré "Nous reconnaîtrons uniquement les accords signés avec Bagdad. L'indépendance de la région kurde suite au référendum annulera tous les accords en matière de sécurité ainsi que dans le domaine militaire, et marquera la fermeture de tous les points de passage avec l'Iran."

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