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Don du sang : des besoins universels mais une législation toujours différenciée

Suite à la loi de 2016 ouvrant la possibilité aux hommes homosexuels de donner leur sang sous couvert d’une période d’abstinence de 12 mois, une proposition de loi a été déposée par le député Damien Abad (LR). Cette proposition, prévoyant l’alignement du délai d’abstinence à celui des personnes hétérosexuelles et femmes homosexuelles, a été rejetée par les députés le 11 octobre dernier.

Au commencement ?

Le don du sang consiste à prélever une certaine quantité de sang sur une personne volontaire. Cette dernière doit être considérée comme saine par le corps médical car le but est de stocker son sang et de le transfuser plus tard à une personne malade au cours d’une transfusion sanguine. C’est la forme de don la plus courante, et il permet de prélever toutes les composantes du sang en une seule fois (globules blancs, rouges et plasma) pour ensuite être séparées. Peut donner son sang toute personne âgée de 18 à 70 ans pesant plus 50 kg et ayant été reconnue apte à donner suite à un questionnaire. Le questionnaire repose sur différents éléments : la date du dernier don, l’état de santé, et divers facteurs de risque comme les tatouages, l’usage de stupéfiants, les derniers voyages internationaux, ainsi que les antécédents sexuels. De plus, les hommes peuvent donner leur sang jusqu’à 6 fois par an et les femmes jusqu’à 4 fois. Entre deux dons de sang, il faut respecter un délai de 8 semaines minimum.

Questionnaire préalable au don du sang

En France, un arrêté interdisait à tout homme ayant ou ayant eu des rapports sexuels avec d’autres hommes de donner son sang en suivant une réflexion sur les « catégories à risque » notamment de transmission du SIDA, et cela depuis 1983. En effet, selon l’Institut de Veille Sanitaire, les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes seraient la population la plus touchée par le VIH avec un taux 200 fois supérieur à la population hétérosexuelle.

Et maintenant ?

Dès juin 2012, Marisol Touraine, ministre de la Santé sous le mandat de François Hollande ré-engage le débat quant à l’ouverture possible du don de sang des homosexuels. Mais le Comité National d’Ethique, régulièrement saisi pour réfléchir sur des sujets de société, notamment dans le domaine des sciences et de la santé, faisait marche arrière en 2015. Le comité déclarait alors ne pas écarter le risque zéro pour les receveurs: « Nous ne pouvons pas dire s’il y aura plus ou moins d’infections si la contre-indication devenait temporaire ». Depuis juillet 2016 cependant, homosexuels et bisexuels peuvent donner leur sang, mais seulement si leur dernier rapport sexuel remonte à plus d’un an. Une avancée notable mais une condition vécue comme discriminatoire.

Une proposition de loi avait donc été déposée début octobre par le député LR Damien Abad et soutenue par les députés socialistes pour aligner le délai d’abstinence des hommes homosexuels avec le délai général des hétérosexuels. Elle a cependant été rejetée par l’Assemblée le 11 octobre dernier avec 29 voix contre et 23 pour. Sur LCI, Joël Deumier, président et porte-parole de SOS Homophobie, réagit : « Nous trouvons extrêmement regrettable que cet amendement ait été rejeté. Il y a deux principes à concilier : la sécurité des transfusions sanguines et l’absence de discrimination. Donc soit cette différence de traitement est justifiée par des études scientifiques, auquel cas la différence de traitement peut être recevable, soit elle n’est pas justifiée et dans ce cas on est dans la discrimination pure (…). »

Enjeux

Élargir le don aux homosexuels est une bonne chose pour les bénéficiaires, cela représente 21 000 donneurs supplémentaires potentiels et presque 37 000 poches de sang collectées – sur la base de trois dons en moyenne par an et par donneur. Des dons qu’on ne peut pas bouder quand on sait que 10 000 dons sont nécessaires tous les jours en France pour répondre aux besoins des malades. Mais le délai d’abstinence remet en cause ces possibilités, avec comme justification la sécurité transfusionnelle avant tout, le droit au don du sang étant mis en second plan. Une autre question est soulevée, à savoir si le risque évoqué est réel. Des experts de la revue scientifique New England Journal of Medecine expliquent que poser des questions sur l’orientation sexuelle des individus est moins précis que de les interroger sur leurs pratiques sexuelles (utilisation de préservatifs, fréquence des échanges de partenaires, dépistage préalable du VIH…). Dans ce cas, tout le monde est concerné et pas seulement les homosexuels ou bisexuels. Le débat n’est donc pas encore clos.

Reportage

Une ouverture du don du sang au coeur des discussions 

Face à la décision de ne pas lever la période d’abstinence de douze mois pour les homosexuels voulant donner leur sang, de nombreuses polémiques visent aujourd’hui les députés de La République En Marche. 

« Toutes les poches de sang récoltées sont testées, il n’y a donc aucune justification à ce que les homosexuels soient ainsi exclus du don du sang » explique Juliette SKORUPINKSI, cadre-infirmière au CHU de Lille. « Du sang, on en a toujours besoin ». Mais l’inquiétude règne au sein de certaines personnalités politiques et professionnels de santé. Le sang d’hommes ayant eu des relations sexuelles avec un homme présenterait de grands risques en termes de contamination par VIH. « C’est ridicule » scande Juliette. « Un homme qui a des relations avec un autre homme, s’il a des relations protégées, il n’y a pas de raison qu’il soit porteur du virus du VIH ». Ce n’est pas la sexualité de la personne qui va déterminer ou non le portage du virus : n’importe quel sang contaminé, que ce soit celui d’une personne homosexuelle ou hétérosexuelle, peut transmettre le VIH. C’est le port du préservatif qui va limiter très fortement la transmission du virus. Il serait alors plus logique d’interroger les personnes sur leur comportement sexuel – sur leur usage ou non du préservatif par exemple – plutôt que sur leur orientation sexuelle.

Le projet de loi ayant été rejeté par l’Assemblée aurait permis à 21 000 nouveaux donneurs potentiels de donner leur sang sur l’ensemble de la France, en sachant que nombreux hôpitaux sont fréquemment exposés au manque de sang. « J’ai été amenée à rencontrer un des médecins qui est responsable de l’EFS et qui disait que les vacances allaient arriver et que les réserves de sang étaient un peu justes » confie Juliette.
Clément Harmégnies a 23 ans et est en 5eme année à Sciences Po Lille. Il n’a jamais donné son sang car il se considère comme discriminé par la loi sur la base de son orientation sexuelle. « J’ai déjà eu envie de donner mon sang, mais je suis entré dans un espèce de boycott de ce système » explique t-il. « Je trouve que la décision des députés est stupide… l’hétérosexualité n’empêche pas les maladies, ça diminue la quantité de sang disponible, c’est contraire aux droits fondamentaux… » Peut-être la loi permettra t-elle, d’ici de prochaines années, une plus large inclusivité des donneurs potentiels en fonction des recherches sur les IST et sur le sang mais aussi en suivant le changement des mentalités.





Sens critique

Depuis la loi de 2016 ouvrant la possibilité aux hommes homosexuels de donner leur sang, les débats se centrent sur la période d’abstinence requise. S’affrontent les partisans de la réduction de cette période, invoquant une discrimination liée à l’orientation sexuelle, et ceux s’y opposant, mettant en avant les risques médicaux qu’elle entraînerait.

 

Les arguments de ceux qui sont pour
  • "Ce sont les pratiques à risques et non l'OrientationSexuelle qui doivent décider de qui peut donner son #sang. La discrimination des hommes homosexuels n'a aucun fondement scientifique."
Les arguments de ceux qui sont contre
  • La préoccupation première est la sécurité transfusionnelle des receveurs.

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