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Crise humanitaire au Liban

Le Liban, terre d’accueil des réfugiés syriens depuis 2011, ploie aujourd’hui sous les difficultés. Entre menace de crise économique imminente, tensions au cœur des populations et dégradation de la qualité de vie des réfugiés, la politique d’accueil devient de plus en plus contrainte.

Au commencement ?

Depuis le début de la crise en Syrie en 2011, le Liban fait face à un afflux considérable de migrants : le pays accueille 1,5 millions de réfugiés syriens et palestiniens de Syrie, ce qui équivaut à 30% de la population libanaise. Le Liban est ainsi le pays voisin de la Syrie le plus impacté par l’exode syrien et enregistre la plus forte concentration de réfugiés par habitant au monde.

Cette augmentation considérable de la démographie pèse sur l’économie et les infrastructures au Liban. La concurrence toujours plus élevée pour l’accès aux ressources a fait naître d’importantes tensions entre les réfugiés syriens et les populations libanaises. D’après le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), 76% des réfugiés syriens vivent sous le seuil général de pauvreté – avec moins de 3,84 dollars par jour.

Jusqu’alors la gestion sécuritaire des retombées du conflit (surveillance des frontières et préservation de l’ordre public) avait été privilégiée. Face aux problèmes humanitaires évidents, le gouvernement libanais, majoritairement formé de ministres du Hezbollah, du Courant patriotique libre (CPL) ou du Parti social nationaliste syrien a donc été contraint d’adopter un plan d’action, en étroite concertation avec les institutions internationales. De ce fait, le Haut Comité de Secours (HCS) a été mis en place afin de coordonner et faciliter les actions humanitaires des différents organismes internationaux et des ONG libanaises et étrangères travaillant au contact des populations déplacées. Cet organisme d’urgence est directement rattaché au Premier ministre libanais et travaille en étroite collaboration avec l’UNHCR.

Et maintenant ?

Le Liban a interdit la construction de camps officiels pour les réfugiés syriens. Ces derniers ont du mal à obtenir un permis de séjour légal, si bien qu’ils ne peuvent circuler librement et accéder aux services de base. Ils sont  aussi davantage exposés aux risque de harcèlement et d’exploitation. Selon un rapport de l’ONU, 4,8% d’enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent. Les violences et le manque de sécurité le long de la frontière libano-syrienne compliquent l’accès pour les services humanitaires et la livraison de l’aide. Ces violences ont aussi donné lieu à des politiques toujours plus restrictives renforçant les tensions entre autorités et réfugiés.

Depuis cet été, les opérations de retour de réfugiés se sont multipliées, en coordination avec le régime syrien. Les retours ont désormais lieu tous les quinze jours mais peu de familles partent au complet, et certains refusent de partir.

Une autre facette de la crise humanitaire au Liban : le mariage précoce des filles

Enjeux

Si au début du conflit, le Liban a ouvert ses portes aux réfugiés,  l’État ne peut plus faire face au nombre massif de déplacés. Les tensions toujours plus vives envers les réfugiés au Liban incitent de plus en plus de Syriens à regagner leur pays d’origine, d’autant plus que les démarches pour le départ sont facilitées par les services de sécurité libanais et syrien. Cependant, beaucoup de candidats au retour craignent d’être incarcérés ou enrôlés de force par l’armée de Bachar al-Assad en Syrie.

De leur côté, les instances internationales restent mesurées face à la question des retours. Ainsi, l’UNHCR a refusé en avril dernier de participer au processus de retour de 500 réfugiés estimant que les conditions humanitaires et sécuritaires en Syrie n’étaient pas propices à un retour des réfugiés et craignant des départs forcés. Ce positionnement a entrainé des tensions entre les autorités libanaises et le HCR accusé de dissuader les candidats dans un pays au bord de la faillite économique. Depuis le début du conflit en Syrie, la dette publique libanaise a atteint les 150 % de son produit intérieur brut – ce qui classe désormais le Liban au troisième rang des pays les plus endettés au monde.

Face au manque de perspectives d’avenir, certains réfugiés syriens au Liban choisissent de tenter leur chance en Europe ou encore aux États-Unis.

Reportage

Liban : donner une voix aux enfants de Beyrouth

 

Au cœur d’une banlieue dévastée de Beyrouth, Zain traîne ses marmites, son désespoir et son petit frère d’adoption derrière lui. Gueule d’ange, yeux couleur tristesse et vêtements sales, il explore le souk à la recherche de quelques livres libanaises. De quoi acheter du lait en poudre pour Yonas et un ticket pour la Suède. Capharnaüm raconte son histoire.

Couronné par le prix du Jury à Cannes cet été, ce drame aux allures de documentaire explore des thématiques contemporaines et terribles. Destin cruel des réfugiés condamnés à vivre dans la rue dans un quotidien de débrouille, mais aussi victimes de mariages forcés… Nadine Labaki filme la misère brute et la violence humaine à travers l’épopée de Zain. Pour mettre en perspective cette errance, la réalisatrice introduit des passages du procès qu’intente le jeune garçon à ses parents. Le motif ? « Je vous accuse de m’avoir mis au monde ». Emprisonné pour avoir poignardé l’homme qui a tué sa sœur, accablé et seul, Zain proclame haut et fort que ceux qui sont incapables de s’occuper de leurs enfants ne devraient pas en avoir. Un cri du cœur qui résonne dans les salles obscures.

Auteure franco-libanaise spécialisée en littérature jeunesse, Fatima Sharafeddine cherche également à faire entendre la voix du Liban. Née à Beyrouth en 1966, elle a vécu la guerre de l’intérieur. Durant quinze ans, elle fut « ballottée » entre plusieurs villes, maisons et écoles. Aujourd’hui, Fatima vit à Bruxelles et compte plus de 120 albums à son actif. Elle revient souvent au Liban pour proposer des ateliers littéraires aux enfants du pays. « À dix ans, ces enfants savent à peine lire et écrire. On parle de leurs problèmes, de leurs rêves, de leurs peurs et on essaie de mettre tout ça en mots et en images, ensemble. Ils ont l’impression que pour la première fois, un adulte les écoute. C’est une expérience incroyable ! », raconte-t-elle. Elle loue d’ailleurs le travail de Nadine Labaki : « Le film met en lumière ces enfants marginalisés, et oblige les spectateurs à regarder la misère dans les yeux, à réfléchir à leur propre rôle dans tout ça ».

Mais pour Fatima, l’objectif principal reste de sensibiliser les enfants européens aux conflits qui émaillent le monde arabe. « J’ai vécu la guerre civile, les massacres. En grandissant, écrire est devenu pour moi une façon d’évacuer ces choses horribles, une thérapie. J’ai écrit Chez moi c’est la guerre en espérant que le livre toucherait les enfants européens qui ne savent pas que d’autres enfants, ailleurs, souffrent. Quand je vais dans les écoles, ils sont souvent étonnés que je sois si jeune, pour eux la guerre est une chose de grand-mère. Alors j’essaie de leur expliquer que dans certains pays, des enfants n’ont pas accès à l’eau, à l’instruction, qu’ils vivent dans la peur constante des bombardements. J’essaie de les sensibiliser pour qu’un jour, enfin, on arrête ça ».

Sens critique

La question des départs des réfugiés syriens au Liban vers la Syrie fait polémique et oppose des arguments contradictoires.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Malgré sa bonne foi, l'Etat libanais est limité par ses moyens.
  • Les tensions entre Syriens et Libanais sont une réalité.
  • Les réfugiés syriens sont un fardeau pour le Liban.
  • Nagib Mikati, homme d'Etat libanais

    En 2012, le premier ministre du Liban affirme : « Le Liban assume ses devoirs humanitaires à l’égard des déplacés syriens et respecte ses engagements dans ce domaine. Mais les moyens de l’État sont limités. Nous ne pouvons donc pas continuer à assumer ces responsabilités sans l’aide des organisations internationales concernées. D’autant que le nombre des déplacés syriens au Liban est en hausse permanente. »

    https://bit.ly/2zJcXX5

  • Zein, réfugié syrien au Liban

    Le jeune homme de 23 ans explique : « Dans quelques jours, je suis convoqué pour un interrogatoire comme les autres Syriens dans le commerce où je travaille. Il n'y a pas d'espoir pour les Syriens ici, les Libanais ne nous aiment pas. On n'a pas de futur ici. »

    https://bit.ly/2oqIRE2

  • Mario Aoun, membre du parti présidentiel du Courant patriotique libre (CPL)

    Le député lance un cri d’alarme : « La situation est urgente, nous ne pouvons plus supporter le fardeau des réfugiés. »

    https://bit.ly/2QvoEYA

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Il faut davantage de solidarité.
  • Les syriens réfugiés au Liban sont des ennemis pour la Syrie.
  • Il n'y a pas de liberté pour les réfugiés syriens qui retournent en Syrie.
  • Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nationus Unies pour les réfugiés (UNHCR)

    Pouilly appelle à la solidarité internationale pour les réfugiés syriens : « Il faut davantage de solidarité. Ça peut être des réinstallations, des visas humanitaires, ça peut être des individus qui se mobilisent pour accueillir les réfugiés ou tout simplement des opportunités pour les réfugiés syriens d’étudier à l’étranger… »

    https://bit.ly/2oqIRE2

  • Réfugiés syriens à Ersal (Nord-Est de Beyrouth, Liban)

    Ersal était une base arrière rebelle jusqu’en juillet 2017 où le Hezbollah, fidèle allié du pouvoir syrien, a chassé de la région les groupes État islamique et Fatah al-Cham (ex-branche d’Al-Qaeda en Syrie) : « C’est dangereux de rentrer en tant que réfugiés d’Ersal, nous sommes tous de potentiels terroristes » « Nous sommes perçus comme des ennemis là-bas [en Syrie] alors que nous n’avons jamais soutenu personne. Nous en avons marre, nous aussi, de vivre dans la boue, mais nous ne rentrerons pas sans protection internationale. »

    https://bit.ly/2QvoEYA

  • Yara, réfugiée syrienne au Liban

    La mère de famille est installée dans un campement de réfugiés de Bar Elias, à quelques kilomètres de la frontière syrienne. Son mari, parti il y a deux mois en Syrie pour rendre visite à sa famille, n’est jamais arrivé à destination : « Il n’a pas eu le temps de franchir la frontière qu’il a été contraint de rejoindre l’armée. Il était plutôt contre le régime mais, aujourd’hui, il n’a plus le choix, il combat pour lui. »

    https://bit.ly/2QvoEYA

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