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BREXIT : autopsie d’un divorce

Deux ans après le référendum proclamant la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (UE), les négociations perdurent. Politique migratoire, accords commerciaux, place dans le marché unique, dévaluation de la livre-sterling, statut des citoyens de l’UE… les enjeux sont multiples et les réponses encore bien floues.

Au commencement ?

En 1975, alors que le Royaume-Uni fête ses deux ans au sein de l’Union Européenne, un premier référendum est organisé le 5 Juin afin de déterminer si oui ou non le pays doit se maintenir dans l’Union. Le peuple britannique répond favorablement à ce référendum (67% des votants ont voté « OUI »), cependant, le pays n’a jamais dissimulé sa réticence envers certains principes européens. Par exemple, le Royaume-Uni n’a jamais adopté l’Euro.

En 2013, en pleine campagne électorale pour un second mandat, le Premier ministre David Cameron promet un référendum sur le sort du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne. Cette promesse se fait sur fond d’euroscepticisme croissant, principalement avec la montée du parti UKIP   dans les urnes. Ledit référendum a donc lieu le 23 Juin 2016, avec une participation de 72%, et démontre que 51,9% des Britanniques sont en faveur d’une sortie de l’Union Européenne. Dès lors, David Cameron démissionne, laissant place le 11 Juillet 2016 à Theresa May, ancienne ministre de l’Intérieur.

Le 29 Mars 2017, le Royaume-Uni fait part de sa volonté officielle de quitter l’Union. L’article 50 du Traité de Lisbonne, prévoyant un délai de deux ans pour mener à bien les négociations avec l’UE, est alors enclenché. L’objectif : trouver un accord entre les deux entités. 

Et maintenant ?

Le Royaume-Uni doit quitter l’Union Européenne le 29 mars 2019. Les négociations sur le Brexit entre l’Angleterre de Theresa May et l’Union Européenne sont entrées dans la dernière ligne droite de ce processus de rupture. Les discussions étaient au cœur du Sommet de Salzbourg (en Autriche), les 19 et 20 septembre dernier, et elles sont loin d’être achevées.  Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré en ouverture de ce sommet que la perspective d’un accord “rest[ait] très éloignée”.

Même si l’Union Européenne se dit déterminée à conclure un accord à l’amiable dès le mois prochain, elle attend des concessions de la part Londres et son « Plan Chequers » qui aborde les questions houleuses du commerce et de la frontière irlandaise. « Il est inacceptable de rejeter la proposition d’une des parties sans explication détaillée et sans contre-proposition », déplorait Theresa May dans une déclaration depuis son bureau de Downing Street. Alors que le quotidien El Paìs pointe du doigt un « dialogue de sourds », les institutions britanniques, craignent, elles, l’ombre d’un « Brexit dur », qui conduirait à un divorce entre les deux parties sans accord préalable et sans condition.

Dans ce cas, Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre prévoit un « scénario du pire » qu’il est indispensable, selon lui, d’envisager. Theresa May a d’ailleurs prévenu les Vingt-Sept qu’elle était prête à surmonter et affronter la configuration d’un « no-deal », une situation dans laquelle aucun accord ne serait signé.

Enjeux

La célèbre « Bank of England » a annoncé le 15 Septembre, qu’un « Brexit dur » pourrait entraîner une baisse de 25 à 35% des prix de l’immobilier sur trois ans. Philippe Hammond, ministre britannique de l’Économie prévoit une réduction de 7,7% du PIB dans les quinze prochaines années. De leur côté, les pro-Brexit dur anticipent, en tenant compte des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), une augmentation de 7% dans les dix prochaines années et une baisse sensible des prix.

Au-delà des répercussions économiques, le Brexit pourrait également avoir des conséquences sociales. A peine un an et demi après l’annonce du Royaume Uni, des milliers de Britanniques réclamaient déjà un « passeport européen » alors que Theresa May annonçait l’abandon des passeport bordeaux. De quoi motiver des dizaines de milliers de Britanniques à vouloir changer de nationalité. En un an, 65 000 Britanniques ont demandé à devenir des citoyens Irlandais (il est néanmoins possible de conserver leur nationalité britanniques dans ce cas).

Reportage

Erasmus : l’avenir des échanges mis en péril par le Brexit ?

En décembre 2017, Theresa May a annoncé que le Royaume-Uni resterait jusqu’en 2020 dans le programme Erasmus+.

Qu’en est-il des échanges Erasmus qui permettent à 30.000 jeunes Européens d’étudier au Royaume-Uni chaque année ? Quels contrôles auront lieu aux frontières ? Quelle reconnaissance pour leurs diplômes ? Une foule de questions qui inquiète les étudiants lillois.

Le programme Erasmus a été lancé en 1987 par 11 pays membres de l’UE, dont le Royaume-Uni. Aujourd’hui, le programme a permis à plus de 4 millions d’étudiants d’étudier dans un autre pays européen que le leur. En 2014, le programme est devenu Erasmus+ s’étendant alors aux apprentis, bénévoles, salariés ainsi qu’aux demandeurs d’emploi. Le nombre de pays membres d’Erasmus a triplé depuis sa création, il compte 33 membres. Un vrai succès donc. Mais l’un des pays clés du programme Erasmus, qui en 2015, était la troisième destination la plus demandée par les participants, décide de mettre fin à ces accords par le référendum du 23 juin 2016.

Faculté de Lille : entre craintes et doutes

À la pause clope devant la fac, lorsqu’on évoque le mot Brexit et Erasmus dans la même phrase les étudiants restent perplexes. « On ne sait rien. C’est le flou total. », s’agace un étudiant.

Le manque d’informations et la lenteur des négociations, entraînent des inquiétudes souvent infondées. « Beaucoup de français avaient peur là-bas d’avoir besoin d’un visa, mais il n’y a pas du tout de difficultés », assure Béatrice Deporteer, secrétaire au bureau des relations internationales de la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales.

C’est beaucoup de bruit pour rien… Pour le moment. On ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Mais pour nos étudiants, que le Brexit ait eu lieu ou non, ça ne change rien et le sujet n’est même pas abordé.

« Aucun impact » sur les accords Erasmus ?

A la question des effets du Brexit sur les accords Erasmus, elle répond sans détour : « aucun impact ». Cependant, bien qu’il s’agisse de propos rassurant, elle ajoute plusieurs fois « pour le moment ».

Car oui, pour l’instant, il n’y a pas de perturbations et ce jusqu’en 2020. « Ce n’est pas comme l’arlésienne, on attend, on attend… ». Le vent de panique au lendemain du référendum, a laissé place à l’attente.

Anne-Marie Gorisse, chargée de mission « Développement international » pour le monde anglophone, réalise sa meilleure année pour la signature de nouveaux accords. Elle explique qu’elle a utilisé ce moment de transition pour convaincre les universités britanniques qu’il était dans leur intérêt, et celui de leurs étudiants de créer des nouvelles coopérations de toutes sortes avec les partenaires européens. « Business as usual » , ironise-t-elle.

Pour Béatrice Deporteer, « les étudiants ne sont pas responsables des décisions politiques et ne doivent pas en pâtir ». Si administrativement il n’y a pas de problème, les étudiants risquent néanmoins de payer plus cher. Aujourd’hui, les étudiants européens payent des frais d’inscriptions à l’université plus bas. Ils ont le statut « d’étudiant européen ». Mais cela est amené à changer, ce statut sera remplacé par celui « d’étudiant international » permettant aux universités de choisir le montant des frais de scolarité…

« Ça n’empêche en rien les bonnes relations et les échanges », conclut Béatrice Deporteer. Un peu de baume au cœur. Pensez-y quand vous passerez à la caisse.

 

Cassandre Dewaegeneire

Sens critique

La Première ministre britannique a annoncé le 7 juillet dernier que ses ministres étaient parvenus à une « position commune » à propos du Brexit. Le choix se porterait sur un Brexit « hard » , alors que Theresa May défendait auparavant un « soft »   Brexit .

En réaction à cette option, David Davis, ministre chargé du Brexit et Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, ont démissionné. Dans une tribune publiée par le tabloïd The Mail, Boris Johnson compare le « Plan Chequers » de Theresa May à une  « veste suicide »  qui donne « le détonateur à Michel Barnier (négociateur en chef de l’UE. ndlr) ». Du point de vue européen, Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge, considère l’approche de Theresa May comme étant « typiquement britannique, c’est-à-dire analytique, pragmatique et empirique ».

Les arguments de ceux qui sont pour
  • L'économie du Royaume-Uni se portera mieux sans l'UE
Les arguments de ceux qui sont contre
  • Le Brexit entache les relations entre le Royaume-Uni et les autres pays européens
  • Tony Blair

    L'ancien Premier ministre, dans une tribune sur son propre site internet le 4 janvier 2018 a déclaré : « L’année 2018 est notre dernière chance pour obtenir le droit de dire si la nouvelle relation qui se dessine avec l’Europe sera meilleure que l’actuelle. Nous commettons une erreur que le monde d’aujourd’hui ne peut pas comprendre et que les générations futures ne nous pardonneront pas ».

    https://institute.global/news/tony-blair-brexit-what-we-now-know

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