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Alimentation : les bienfaits du mieux manger

Le changement des habitudes alimentaires ne fait plus aucun doute dans notre société de consommation. Et pour cause, l’alimentation est indéniablement la clef de voûte d’une bonne santé. C’est la raison pour laquelle de plus en plus d’individus sont soucieux de leur alimentation et se tournent vers cette tendance du « mieux-manger », où la qualité est plébiscitée par les consommateurs en quête de produits sains, et de plus en plus sensibilisés. Seulement, bien que des coopératives maraîchères se développent considérablement, les politiques publiques se heurtent à de puissants lobbies qui imposent leurs règles en fonction de leurs intérêts. 

Au commencement ?

« Mangez cinq fruits et légumes par jour », « Moins manger mais mieux manger »… Il existe autant de slogans que de conseils pour mieux se nourrir.
Mais d’abord, ça veut dire quoi MIEUX manger ? Il ne s’agit pas forcément d’une question de quantité, au contraire. L’expression « mieux manger » signifierait simplement s’alimenter de mets de grande qualité, ou du moins de meilleure qualité que ce qu’on a tendance à consommer. C’est l’idée que se nourrir doit être bon pour notre organisme, et qu’il faut donc limiter les aliments qui seraient nuisibles à notre corps. Il y a donc autant de façons de mieux s’alimenter qu’il y a de consommateurs. Cela passe par le fait de moins manger de viande, de consommer plus de produits frais et biologiques, d’éviter les produits industriels, de boire moins de sodas ou d’alcool, etc. Certains le font par conviction pour la planète, pour maigrir ou simplement pour être en meilleure santé. Et c’est là l’un des arguments phare du « mieux manger ».

Il n’y a pas a proprement parler d’origines de ce mouvement du « mieux manger ». Depuis l’instauration de la grande société de consommation pendant les Trente Glorieuses, les médecins ne cessent de recommander de nouvelles pratiques d’alimentation et de nouveaux conseils au fil de l’avancée des recherches et découvertes scientifiques sur les bienfaits et les effets néfastes de notre alimentation sur notre corps. Aujourd’hui, ce mouvement est porté par les consommateurs eux mêmes, désireux d’améliorer leur condition. L’expression « mieux manger » peut donc paraître comme une action abstraite mais elle passe par des gestes simples, dans l’optique globale de se sentir mieux. 

Et maintenant ?

Le mercredi 26 septembre dernier, les députés ont présenté un rapport parlementaire sur l’alimentation industrielle, préconisant des mesures contre la « malbouffe ». Ce document -fait suite à une enquête de 6 mois et 40 auditions.

Le rapport demande de réduire le nombre d’additifs autorisés, limiter la teneur en sel, en sucre et en acide gras, améliorer la qualité des plats à l’école et à l’hôpital, rendre le logo nutri-score obligatoire, créer une allocation pour les plus démunis, ou encore créer un secrétariat de l’alimentation. Plus récemment, le Parlement a définitivement adopté, le mardi 2 octobre, le projet de loi agriculture et alimentation par 227 voix contre 136 et 11 abstentions. Il vise à mieux rémunérer les agriculteurs en arrêtant la guerre des prix, entre producteurs et distributeurs, et à permettre aux Français de manger d’une manière plus saine.

Pour que le consommateur s’alimente plus sainement, le texte fixe l’objectif de 50 % de produits locaux, dont 20 % de bio d’ici 2022 dans les cantines publiques. Sur les pesticides, il prévoit un rapport du gouvernement sur la création d’un fond d’indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques. Néanmoins, l’interdiction d’ici trois ans du glyphosate n’a pas été inscrite dans la loi. Du côté de l’opposition, le texte n’est pas à la hauteur des ambitions. Elle dénonce un texte « creux » et une « occasion manquée ». Le retrait de l’interdiction du glyphosate dans le texte a été qualifié de « rétropédalage » du gouvernement par des dizaines de milliers de signataires d’une pétition. 

Enjeux

Le principal enjeu soulevé par la volonté de mieux manger passe par une satisfaction de tous les acteurs.

D’un point de vue individuel, la santé de chacun est l’argument qui met tout le monde d’accord. Diabète, cholestérol et autres sont désignés comme les maux du siècle et une meilleure alimentation semble être la clé pour les éradiquer. Pour des États, instaurer l’idée qu’il faut mieux manger aurait ainsi des avantages pour la société toute entière et permettrait même un recul de certaines inégalités sociales. En effet si l’on prend l’exemple de l’obésité chez les adultes, la prévalence du poids est liée au niveau d’études. Plus les adultes sont diplômés, moins il y a de probabilités qu’ils soient en situation d’obésité. Il s’agit donc de transférer des savoirs et des pratiques à tout le monde.

Du point de vue des producteurs ainsi que des grands distributeurs, l’apparition d’une volonté générale de mieux se nourrir présente avant tout des intérêts économiques. Apparaissent alors les problèmes des agriculteurs sous payés ou sans salaires fixes. Certains essayent ainsi de surfer sur cette vague du mieux manger en produisant des produits biologiques par exemple.
L’emprise des grands distributeurs sur la qualité de notre alimentation est remise en question. Certains, à l’instar de Carrefour, essayent de se développer une nouvelle image en proposant des aliments de meilleure qualité et donc meilleur pour le consommateur (Act for Food de Carrefour).

D’autres acteurs se voulant plus indépendants s’emparent du phénomène, aboutissant à la création d’applications sur smartphones permettant aux consommateurs de mieux se nourrir.
À une plus grande échelle, des intérêts lobbyistes sont également en jeu, s’opposant souvent à des initiatives en faveur du mieux manger tel que le Nutriscore, un étiquetage nutritionnel qui s’est longtemps heurté aux lobbies de l’industrie agro-alimentaire.

Reportage

Le bio lillois a le vent en poupe

Les serres du Jardin de Cocagne de la Haute Borne, Villeneuve d’Ascq. Crédits photo : ©Laurine Doucy

 

Un panier de légumes, bio, de saison, distribué toutes les semaines dans le hall de votre université ou de votre entreprise. L’idée en séduirait plus d’un. C’est de ce pari à la fois ambitieux et un peu fou, que sont nés il y a 8 ans les Jardins de Cocagne.

 

Le Jardin de Cocagne de la Haute Borne, Villeneuve d’Ascq. Crédits photo : ©Laurine Doucy

Si vous arrivez jusque là, après vous être perdus entre les bureaux d’entreprises à la Haute Borne, alors vous croiserez peut-être la petite soeur de la carotte de votre dernier panier, le chou que vous mangerez demain ou la pondeuse de l’oeuf à la coque que votre bambin vous réclamera dimanche prochain. Le concept : une exploitation maraîchère de 5 hectares, une dizaine de serres, 62 poules, le tout certifié 100% bio avec, pour objectif, la réinsertion professionnelle de personnes en situation de précarité.

Nous avons rencontré Quentin Rodriguez, membre de l’équipe permanente aux Jardins de Cocagne. Lorsque l’on lui demande si en bientôt neuf mois au sein de l’exploitation, il a remarqué une augmentation flagrante de la demande, il répond sans hésiter « Je l’ai vu même de mon point de vue personnel, le bio, c’était pas du tout ma tasse de thé » et ajoute que « au final, tous nos adhérents sont très demandeurs, il y a de plus en plus de personnes qui viennent. » 

De plus en plus de gens sont tentés et se laissent séduire par l’alimentation bio, et cela se voit. Le terrain prêté aux Jardins de Cocagne par la mairie de Sainghin en Mélantois ne suffit parfois pas à satisfaire tout le monde : « Ça arrive, on est obligés de faire attention à ce qu’on propose aux clients pour être sûr de pouvoir finir la semaine et tenir nos engagements. » Priver les clients de légumes pendant toute une semaine ? Impensable. Surtout quand on sait que la plupart n’envisagent pas de retour en arrière, et Quentin nous le fait savoir : « Quand on voit la différence entre nos tomates et celles qu’on achète en grande surface, il n’y a pas photo ». Impossible donc de retourner aux carottes lisses et uniformes d’un supermarché après avoir goûter aux « carottes à trois pieds » dont Quentin et son équipe aiment se vanter. 

Les serres du Jardin de Cocagne de la Haute Borne, Villeneuve d’Ascq. Crédits photo : ©Laurine Doucy

Lorsque l’on évoque l’association Les Pieds sur Terre de l’Université de Lille, qui distribue des paniers chaque semaine aux étudiants, il nous explique que ces derniers représentent une grosse part de leurs ventes. « Ils sont très demandeurs du mieux-manger. Beaucoup prennent leur indépendance et se disent qu’ils vont se mettre à manger bio pour bien commencer. » 

Un succès croissant, donc, mais que le Jardin n’a pas envie d’ébruiter. Sa structure limitée lui interdit une trop grande expansion. Il nous explique : « On pourrait faire de la communication partout, mettre des grandes affiches comme les grands supermarchés » mais « si on fait trop de pub, on va se retrouver à court de légumes. » 

Pour Quentin Rodriguez, le client type de l’exploitation n’a rien d’anodin : « Il y a vraiment de tout mais, il ne faut pas se voiler la face, ce sont généralement des personnes plus aisées. » Manger mieux, oui, mais à quel prix ? Alors, pour 10€, on vous laisse choisir entre deux kilos de légumes bio ou 20 nuggets au fast-food. 

 

Laurine Doucy

Sens critique

Les nouvelles mesures sur l’alimentation industrielle divisent la classe politique et les citoyens.

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Une agriculture plus raisonnée
  • Une meilleure rémunération des agriculteurs par la fin de "la guerre des prix"
  • Une réduction des inégalités d'accès à une alimentation de qualité durable
  • Sanction de la maltraitante animale
Les arguments de ceux qui sont contre
  • Pas assez de mesures pour le bien-être animal
  • Pas d'interdiction du glyphosate
  • Hausse des prix pour les consommateurs
  • Un loi dictée par les lobbies
  • Une loi "creuse"

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