Get It

Alimentation : le développement des circuits courts

Marchés, AMAP, vente directe… Tous dans le même panier ? Manger local ne s’improvise pas. Comment ces nouvelles manières de consommer ont-elles vu le jour ? Quels débats provoquent-elles ? On vous aide à faire le tri.

Au commencement ?

Le ministère de l’agriculture définit un circuit court comme « un mode de commercialisation de produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu‘un seul intermédiaire« .

La consommation de produits locaux n’est pas une invention récente. C’est même le premier mode de distribution connu. Jusqu’au milieu du XXe siècle, le consommateur urbain s’approvisionne dans les marchés ou en périphérie des villes. A la campagne, on peut subvenir à ses besoins grâce à l’agriculture vivrière, qui permet une certaine autosuffisance. Le surplus et les produits transformés sont vendus. Le transport coûte cher, les produits importés sont un luxe. On mange donc des fruits et légumes de saison, plus par nécessité que par choix.

C’est lors des Trente Glorieuses (1945-1975) qu’apparaît une nouvelle façon de consommer. La reconstruction relance l’économie et le pouvoir d’achat des ménages augmente. Les supermarchés et leurs produits standardisés et bon marché apparaissent. Le marketing et la publicité se développent, laissant place à de nouveaux besoins : ainsi, la part moyenne du budget des ménages attribuée à l’alimentation perd du terrain au profit des loisirs, de l’équipement et des transports.

Le XXIe siècle est marqué par la mondialisation. Désormais, les flux commerciaux sont planétaires. Les échanges sont normalisés, avec l’invention du container par exemple. Pour produire à moindre coût, les entreprises misent sur l’avantage compétitif propre à chaque région du monde. De nos jours, notre viande peut alors venir du Brésil et nos fraises du Maroc.

Et maintenant ?

Au début des années 2000, la confiance des consommateurs à l’encontre de l’industrie agroalimentaire diminue suite à de nombreux scandales, comme celui de la vache folle. Les grandes surfaces sont toujours prédominantes, mais on constate l’émergence de voies alternatives : en 2010, un agriculteur français sur cinq vend en circuit court (soit environ 110 000). Les modes de consommation changent et le lien se renoue avec les producteurs locaux. En 2015, 21% des français privilégient des produits conçus près de chez eux, contre 14% en 2009. Ils invoquent la meilleure connaissance de la provenance des produits, le plus faible impact sur l’environnement ou encore la convivialité.

On constate alors l’émergence de différentes structures comme les AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne). Le principe est simple : les consommateurs passent un accord avec les paysans qui leur délivrent des denrées alimentaires. Ainsi, le producteur remplit des paniers avec des aliments de saison en fonction de la demande. Il n’est donc plus dépendant des circuits de grande distribution.

L’e-commerce prend part à ce mouvement grâce aux plateformes en ligne qui mettent en relation les producteurs et les consommateurs. En parallèle, les jardins partagés fleurissent dans les villes, où les citadins sont invités à établir leur propre potager.  L’objectif est de renforcer le lien social et rapprocher la campagne de la cité. La moyenne d’âge des clients diminue grâce à ces nouvelles initiatives.

Le circuit court le plus traditionnel, le marché, reste en tête des fréquentations : il représente 37% des points de vente.

Enjeux

Enjeux écologiques – Réduire la distance entre le producteur et le consommateur, c’est réduire l’empreinte carbone du produit. En moyenne, les aliments que l’on retrouve sur nos étalages ont voyagé 2500 km.

Manger local valorise les aliments qui s’inscrivent dans un territoire : les spécialités régionales, les vieilles variétés oubliées…

Attention : une agriculture locale n’est pas forcément une agriculture biologique. Selon l’INRA, 50% des consommateurs interrogés associent à tort circuit court et production bio.

Enjeu économique – Actuellement, la vente directe concerne plus d’un producteur sur deux dans l’agriculture biologique pour au moins une partie de sa production. C’est une opportunité pour cette filière : la production locale permet la création d’emplois et stimule une économie de territoire.

La vente directe paraît idéale pour l’agriculteur car il ne dépend plus de la fluctuation des marchés, il est ainsi rémunéré au juste prix. Cependant, cela peut engendrer de nouvelles contraintes pour certains d’entre eux qui doivent désormais cumuler les métiers de producteur, de transformateur et de commerçant.

Enjeux sociaux et culturels – Acheter local sans se ruiner, c’est possible et ce n’est pas réservé à une catégorie sociale élevée. Une journaliste du Figaro a tenté l’expérience d’acheter uniquement des produits de proximité pendant 100 jours. Elle rend son verdict : « Mes dépenses dans les grandes surfaces ou via les circuits courts sont très proches ». Néanmoins, consommer local demande du temps : il faut se rendre sur différents points de vente et cuisiner davantage.

Fanny Imbert et Adèle Marchais

Reportage

Où trouver des produits issus des circuits courts ?

La ferme du Vinage, adepte de la vente directe

La ferme du Vinage, basée à Roncq (59), vend ses fromages et autre produits directement sur le lieu de fabrication.

La Ferme du Vinage, c’est une histoire familiale qui s’étend sur dix générations. Jusqu’en 1985, elle ne vendait que du lait puis Thérèse-Marie et Michel Couvreur se sont lancés dans la fabrication de fromages. Aujourd’hui, c’est une trentaine de fromages différents qui sont produits chaque jour à la ferme sous l’œil attentif de Géraldine Capelle, la fille des Couvreur.

Seulement 30% des fromages fabriqués à la ferme y sont vendus. Parmi les 70% restants, 40% sont transportés vers des magasins fermiers et 30% sont livrés aux grandes et moyennes surfaces. Le consommateur peut ainsi retrouver les saveurs de la ferme du Vinage à deux pas de chez lui. Une majorité des bénéfices réalisés se fait cependant grâce à la vente directe. Si la vente en circuits courts permet à la ferme du Vinage de subsister, certaines entreprises ne parviennent pas à se maintenir hors de l’eau et se voient ou se verront obligées de fermer, comme le signale Thérèse-Marie : « à l’heure actuelle, il y a tellement d’entreprises fonctionnant en circuits courts (restaurants, vente via internet et même distributeurs automatiques) que certaines devront mettre la clé sous la porte ».

Depuis quelques années, la famille s’est lancée dans des projets d’envergure afin de diversifier les activités proposées tout en garantissant la transparence de leurs produits. 2011 a été une année charnière pour cette ferme familiale. Elle a investi un million d’euros pour réaménager l’étable et la fromagerie. Il est désormais possible de suivre de A à Z la fabrication du fromage en se baladant dans l’exploitation. Géraldine a également mis en place la libre cueillette, des animations comme des anniversaires ainsi que des visites de la ferme. Si beaucoup de clients sont ravis de voir la ferme se développer, d’autres regrettent le temps où l’exploitation était plus anonyme et les fermiers plus disponibles.

Lilou Garcia, Isabelle Péré-Fam et Marine Roch

Sens critique

Les arguments de ceux qui sont pour
  • Les circuits courts permettent de produire et de consommer de façon plus responsable
  • Le rapport qualité/prix est meilleur
  • On rémunère directement les producteurs
  • Elizabeth Pastore Reiss, fondatrice et présidente d'Ethicity

    « Pour 76% des personnes sondées, acheter responsable est une façon de s'impliquer en faveur du développement durable. »

    https://bit.ly/1TR3r7M

  • Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation

    « Aujourd’hui, 69% des consommateurs s’intéressent à l’impact de leur alimentation sur leur santé et 61% à son impact sur l’environnement »

    https://bit.ly/2P2vSWr

  • Et si on mangeait local ? Ce que les circuits courts vont changer dans mon quotidien, éditions Quae

    « Les produits en circuit court sont plutôt moins chers à qualité égale »

    https://bit.ly/2gNm1DY

  • Article de Charente Libre du 16.11.2017

    « 30 % des agriculteurs ont moins de 350 euros par mois pour vivre »

    https://bit.ly/2yneO3Y

Les arguments de ceux qui sont contre
  • Tout le monde n'y a pas aussi facilement accès
  • Les industriels proposent des produits en plus grande quantité
  • L'alimentation en vente directe n'est pas toujours biologique
  • Il n'est pas toujours plus écologique de consommer local
  • Cécile Prudhomme, Le Monde, 17.10.2017

    « Les consommateurs n’ont pas un accès égal aux circuits courts. Dans le sud-est, dans le Nord, en Alsace et en Île de France, ceux-ci sont plus développés qu’ailleurs » « 70 % de la part des achats alimentaires des Français se fait en grandes et moyennes surfaces »

    https://lemde.fr/2P5RDok

  • Xavier Desouche, président de la Chambre d’Agriculture de la Charente

    « Il y a aussi des échecs en circuits courts. Pour nourrir la population, nous avons besoin d’industriels et de distributeurs. »

    https://bit.ly/2yneO3Y

  • Yuna Chiffoleau, agronome et sociologue à l’INRA

    « 50% des consommateurs interrogés associent circuit court et production biologique. »

    https://bit.ly/2hZkWaK

  • Clément Fournier, expert développement durable, écologie et RSE

    « Certains fruits ou légumes ne sont pas adaptés à la culture en France, et il est donc préférable du point de vue écologique de consommer ces produits importés. Ainsi, on n’imaginerait pas consommer des ananas produits localement en Bretagne, à Paris ou à Lille, tout simplement car il faudrait être capable de les maintenir dans des environnements constamment au dessus de 10°C (donc sous serre chauffée tout l’hiver). »

Ajouter un commentaire